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2021/06/17 – Mt 6, 7-15

Le sermon sur la montagne parle des trois pratiques religieuses courantes en Israël: l’aumône, la prière et le jeûne. Trois fois Jésus mentionne la condition du secret. Pour la prière, il ajoute que ce n’est pas la quantité de paroles qui fait la valeur d’une prière mais la confiance dans le Père qui connaît nos besoins. Il leur donne ensuite un modèle de prière: le Notre Père. Il insiste sur la dernière demande: une demande de pardon qui suppose qu’on pardonne aux autres.

Les disciples ont été frappés par la façon de prier de Jésus. Il s’adresse au Père en utilisant un terme de familiarité comme Abba. On a une trace de l’étonnement des disciples dans le fait que Marc, qui écrit pour des lecteurs qui ne connaissent pas l’araméen, cite la prière de Jésus à Gethsémani en gardant le mot Abba (Marc 14,36). En donnant l’exemple du Notre Père comme prière pour ses disciples, Jésus a dû employer le même mot qui surprendra Paul puisque, par deux fois, il déclare que les disciples qui prient en utilisant le mot Abba montrent ainsi la présence de l’Esprit Saint en eux (Galates 4,6; Romains 8,15). C’est donc à une intimité et une proximité avec Dieu que sont conviés les disciples par le don de cette prière.

Matthieu est toujours conscient de la dimension ecclésiale. Au lieu de commencer simplement par Père (comme dans Luc), il fait dire Notre Père: en tant que disciples du Christ, on constitue une famille et on ne prie jamais seul. Comme dira saint Augustin: S’il n’y a qu’un seul chrétien, cela veut dire qu’il n’y a plus de chrétien.

Mais en même temps qu’on s’adresse à lui de cette façon familière, il ne faut pas oublier que c’est à notre Dieu que nous parlons. C’est pour cela que Matthieu ajoute qui es aux cieux, ce qui est la façon juive d’éviter, par respect, de prononcer le nom de Dieu. C’est donc ainsi que commence cette prière: Notre Père et notre Dieu. C’est le résumé de la relation que le Christ offre à ses disciples: une vie dans l’intimité de Dieu.

C’est pour que se réalise cette vie en lui-même que celui qui prie demande: que ta volonté soit faite, que ton Règne arrive. Alors passera à travers ce disciple la sainteté de Dieu et le Nom de Dieu sera glorifié: que ton Nom soit sanctifié.

Après avoir souhaité et accepté la volonté de Dieu pour que se réalise ce grand dessein de Dieu, il est normal de demander à Dieu son aide pour chaque jour: Donne-nous notre pain de ce jour.

Conscients de notre indignité et de nos faiblesses, nous demandons à Dieu son pardon en nous rappelant sa parole que si nous voulons être pardonnés il faut être prêts à le faire pour les autres.

Très tôt, la liturgie a ajouté une conclusion au texte de Matthieu. C’est une belle doxologie, c’est-à-dire un hymne de louange à la gloire de Dieu : Car à toi appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Jean Gobeil SJ

2021/06/16 – Mt 6, 1-6.16-18

L’aumône, la prière et le jeûne sont trois pratiques fondamentales de la piété juive. Elles garderont de l’importance pour les premiers chrétiens.

L’aumône était souvent considérée comme une œuvre de justice plutôt qu’une œuvre de charité: on ne donnait pas en faisant l’aumône; on s’acquittait plutôt d’une dette qui finalement était vis-à-vis de Dieu. Cette perspective de l’aumône et de l’aide à quelqu’un dans le besoin est passée dans l’Islam où elle se retrouve encore aujourd’hui. Au temps de Jésus, le nombre de gens très pauvres était particulièrement important et l’aumône représentait la seule forme d’aide sociale.
Ceux qui pouvaient faire une aumône un peu importante pouvaient en profiter pour se faire valoir: Jésus les appelle des hypocrites, ce qui vient d’un mot grec signifiant des acteurs.

A part les prières reliées au culte, les prières individuelles ont une longue tradition dans la religion juive. Le meilleur exemple sont les psaumes. Beaucoup de psaumes, au départ ont été des prières individuelles qui ont d’ailleurs souvent gardé des traces de détresse, d’impatience ou de révolte devant l’injustice de situations particulières. Les détails de la situation historique ont été perdus quand la prière individuelle a été adoptée par la communauté. Par ailleurs, différents groupes pouvaient avoir leurs propres prières. Jean Baptiste avait montré des prières à ses disciples. C’est ce qui a amené les disciples de Jésus à lui demander de leur montrer à eux aussi comment prier. Jésus lui-même a prié, dans le secret, comme il le recommande dans notre texte.

Enfin, le jeûne était une forme de piété dans les moments de deuil, dans les moments de détresse nationale ou même dans la vie courante.

Jésus donne les conditions et l’esprit qu’il faut avoir pour que ces pratiques soient vraiment religieuses. D’abord elles doivent avoir pour but uniquement Dieu. Quand elles se terminent à un avantage personnel, elles ne sont plus religieuses. Ceux qui se servent des pratiques religieuses pour eux-mêmes, Jésus les appellent des hypocrites, des acteurs.
La seconde condition est contenue dans la mention du secret: donner en secret, prier dans le secret, le Père qui est là et qui voit dans le secret. L’expression suggère une connotation d’intimité. Dans ces actions faites pour Dieu, il y a une présence de Dieu qui veut une rencontre intime, personnelle. C’est à cette présence que le juste doit chercher à s’ouvrir par ces pratiques de piétés.

Jean Gobeil SJ

2021/06/15 – Mt 5, 43-48

Vous avez appris qu’il a été dit: Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis: Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux: car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous? Les publicains n’en font-ils pas autant? … Vous donc soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Les antithèses précédentes commençaient par une citation de l’Ancien Testament. Celle-ci ne donne pas une citation textuelle. Le devoir d’aimer le prochain se trouve dans le Lévitique (19,16) mais le prochain est compris comme un membre de la communauté d’Israël. Pour la haine des ennemis, il faut se rappeler que les ennemis d’Israël sont considérés comme des ennemis de Dieu d’abord, ce qui explique la violence de certains psaumes. Ainsi on ne peut ni sympathiser ni pactiser avec eux. Mais la forme de haïr les ennemis peut traduire une forme hébraïque comme: Tu n’es pas tenu d’aimer tes ennemis. De toute façon, Jésus a utilisé une formule reçue qui n’a rien à voir avec l’amour des ennemis!

En réponse à cette formule, Jésus utilise la forme solennelle: Eh bien moi, je vous dis… Il affirme ainsi son autorité et souligne l’importance de ce qui va suivre.

Et Jésus déclare qu’il faut aimer ses ennemis. A moins de cela, la justice d’un disciple ne dépasserait pas ce que font régulièrement les collecteurs de taxes et les païens, les deux classes de gens religieusement les plus basses pour des Juifs.

Sur quoi se basent les exigences du Royaume de Dieu en général et en particulier celle d’aimer ses ennemis? Pour ceux qui écoutent le Sermon sur la montagne, il y a une condition requise sans laquelle les demandes du sermon restent impossibles. C’est cette condition que le Christ révèle.
Dieu est notre Père et il veut que nous soyons ses enfants. Et l’amour pour le Père est plus qu’une obéissance à des lois. Cet amour doit être une imitation de son esprit:

Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Personne n’est exclu de l’offre que Dieu fait. Ceux qui croient en un Dieu Père, ne peuvent pas, eux non plus, exclure quelqu’un de l’amour. Luc a voulu préciser de quelle sorte d’amour il s’agissait. Au lieu de dire Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, il a dit : Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. (Luc 6,36)

Jean Gobeil SJ 

 

 

 

2021/06/14 – Mt 5, 38-42

Vous avez appris qu’il a été dit: Œil pour œil; dent pour dent. Moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant. Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Si quelqu’un veut prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire mille pas fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande.

Œil pour œil, dent pour dent: c’est ce qu’on appelle la loi du Talion qu’on retrouve dans le code du livre de l’Exode (21,24). Par les applications concrètes qui sont données dans le livre de l’Exode, on voit clairement que cette loi visait à limiter les vengeances et les représailles en statuant que la réparation ou la punition devait être proportionnée au tort subi.

La citation de cette loi est introduite par les mots: il a été dit. Cette formule avec le verbe au passif est employée par les Juifs pour éviter de prononcer le nom de Dieu et c’est l’équivalent de: il a été dit par Dieu ou c’est une parole de Dieu. Pour Matthieu et son auditoire qui sont des judéo-chrétiens le sens est clair. A une parole de Dieu, Jésus fait plus que donner une interprétation; il y ajoute sa propre parole: “Moi, je vous dis…” Ici, comme dans les antithèses qui vont suivre, Jésus montre une autorité qui a dû faire choc et qui encore montre l’importance des exemples qu’il donne.

Le premier exemple est une insulte. Pour frapper la joue droite il faut normalement frapper du revers de la main. En disant de tendre l’autre joue, Jésus interdit les représailles. Mais il s’agit d’une orientation pour celui qui a accepté les béatitudes et se trouve personnellement lésé. Ce n’est pas une interdiction de combattre le mal et ceci n’interdit pas de s’opposer dignement à une attaque injuste, comme il le fera lui-même lorsqu’il sera frappé par un valet à son procès (Jean 18,22).

Le deuxième exemple est quelque chose d’exorbitant. Celui qui veut prendre la tunique ne pourrait pas obtenir cela dans une cour de justice juive. L’exemple, avec son tour paradoxal, veut peut-être dire: donne à qui te demande même si tu pourrais légalement refuser sa demande.

Le troisième exemple, où la distance est en mesure romaine, pourrait être une demande d’un fonctionnaire ou d’un militaire romain. Elle peut signifier qu’il ne faut pas se dérober à qui est dans le besoin.

On pourrait conclure que l’aspect paradoxal de ces demandes souligne que la justice, pour ceux qui font partie du Royaume de Dieu, dépasse la justice humaine et la légalité. Pour ceux qui ont compris que l’accès au Royaume était dû à l’amour et à la générosité de Dieu, la justice doit parfois comprendre la générosité.

Jean Gobeil SJ 

 

 

 

 

 

2021/06/12 – Lc 2, 41-51

Pourquoi célébrer le Cœur Immaculé de la Mère du Christ? La liturgie vient de nous proposer le Sacré Cœur de Jésus, en qui s’est incarné tout l’amour de Dieu. Le Cœur de Marie symbolise également son amour, mais qu’ajoute-t-il à celui de son Fils? De fait, Marie n’ajoute rien par elle-même, elle reçoit tout de son Seigneur par la médiation de son Fils. Quel est alors son rôle? Elle révèle l’amour de Dieu et rend proche de nous la dimension maternelle de cet amour infini. La fête de son Cœur Immaculé manifeste sa communion intime avec celui de son Fils.

Les représentations du Seigneur dans la Bible s’inspirent d’une civilisation patriarcale, qui délaisse trop souvent la dimension, la présence et la fonction féminines de Dieu. La dévotion chrétienne, inspirée par le Nouveau Testament, corrige et complète la figure trop masculine de Dieu.

Avec notre imagination trop humaine, nous avons représenté Marie comme une reine au sens de dominatrice, à l’opposé de son rôle discret dans les évangiles et dans les Actes des apôtres. Marie se caractérise par sa présence humble et par le don d’elle-même, en plein accord avec la volonté de Dieu.

Pour célébrer le cœur de Marie, la liturgie nous invite à contempler le dernier événement de l’enfance de Jésus « perdu et retrouvé au temple. » La conduite étrange du fils, qui se sépare de ses parents, nous semble étrange et déconcerte en particulier sa mère. Elle ne comprend pas, mais elle médite cet événement qu’elle accueille comme un mystère provenant de la volonté de Dieu.
Cet événement conclut la période relative à l’enfance du Christ Jésus. Comme toute conclusion, celle-ci revêt une signification spéciale. L’enfance de Jésus est significative dans la mesure où elle préfigure le ministère du Fils de Dieu dans notre monde et surtout le sommet de sa mission, son sacrifice sur la croix et sa résurrection. Une série de traits caractéristiques nous invitent à découvrir dans cet incident de Jésus au temple une anticipation du mystère pascal.

À l’âge de douze ans, tout jeune juif devait exprimer dans un rite spécial son adhésion libre et consciente à l’Alliance et devenir « fils de la loi ». C’est le « bar miswah » que les Juifs célèbrent solennellement de nos jours. Pour Jésus, cette célébration annonce que, lorsqu’il aura complété sa mission, il retournera chez son Père.

Les « trois jours » pendant lesquels ses parents cherchent Jésus correspondent aux trois jours du Christ au tombeau, depuis le vendredi jusqu’au jour de Pâques. « Pourquoi me cherchez-vous? », répond Jésus à sa mère, comme les deux anges qui diront aux femmes venues au sépulcre: « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts? » (Lc 24,5)

« C’est chez mon Père que je dois être »: chaque fois que Jésus désigne sa mission avec le verbe « devoir », il annonce le mystère de sa passion et de sa résurrection, qu’il assume librement comme la volonté de son Père. « Chez mon Père », dans sa maison, désigne le retour de Jésus vers son Père. « La maison de mon Père » est la première parole de Jésus dans l’Évangile de Luc » et la dernière, sur la croix, aura le même sens: « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. »

« Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait ». Une telle incompréhension se retrouve partout dans l’Évangile où il est question du mystère pascal que le Christ va vivre. Cette intervention suprême de Dieu dans l’histoire dépasse toutes les possibilités humaines d’intelligence. Nous ne pouvons qu’imiter Marie qui conservait dans son coeur ces événements pour les méditer et les comprendre un jour.

Tous les épisodes que Jésus a vécus parlent du mystère central de sa vie, la mort qu’il a transformée dans sa personne en vie nouvelle de la résurrection.
L’Église propose deux vérités fondamentales au sujet de Marie, la Mère du Christ: l’Immaculée Conception et l’Assomption. La fête du Coeur Immaculée de Marie met en lumière la première intervention de Dieu, qui illumine le début du pèlerinage terrestre de la Mère de Jésus. La seconde affirme la parfaite réalisation du projet de Dieu sur elle. L’Église affirme donc que Dieu a entouré de sa bienveillance toute l’existence de la Mère de son Fils. Il l’a protégée de toute souillure, dès le début, pour qu’elle atteigne finalement la vie parfaite, sans fin, de toute sa personne, son âme et son corps.

Quel fut le cheminement de Marie pour atteindre ce but? Dans la pauvreté du cœur, selon la première béatitude, et dans une continuelle action de grâce. Après la salutation d’Élisabeth, Marie exprime dans son « Magnificat » ces deux sentiments qui devraient animer le pèlerinage de toute personne chrétienne: la conviction d’être pauvre devant son Seigneur et de tout recevoir de Lui dans une perpétuelle reconnaissance.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/06/11 – Jn 19, 31-37

Le monde pervertit encore ici la loi de Dieu. On encourrait une impureté rituelle en laissant les cadavres en croix le jour du sabbat, qui, selon l’évangéliste, coïncidait cette année-là avec la fête de la Pâque. Les Juifs désirent assurer leur sécurité devant Dieu en observant littéralement la prescription de la loi, alors qu’ils viennent de rejeter Dieu lui-même présent dans son Fils, en le conduisant à la mort. La fraction des jambes, ce supplice qu’ils demandent au gouverneur, accélérait l’asphyxie du crucifié, qui ne pouvait plus dégager ses poumons pour respirer.

L’évangéliste souligne avec une telle insistance l’incident de l’eau et du sang coulant du côté transpercé de Jésus, afin d’inciter son lecteur à en découvrir le sens caché. Il cite tout d’abord deux témoins, dont l’un est Dieu lui-même. L’autre, probablement le disciple bien-aimé, porte explicitement témoignage, dont on garantit la véracité. Enfin, seul exemple dans les évangiles, deux prophéties confirment le mystère qui s’est produit. La 1ère épître de Jean (5,5-8) se base sur ce phénomène pour affirmer que l’eau, le sang et l’Esprit convergent dans un unique témoignage, celui par lequel Dieu nous révèle sa vie divine et nous la communique.

Le sang répandu, dans lequel se trouve la vie, montre que le sacrifice de l’Agneau pascal fut bien réel. Cet Agneau, comme toute victime régénérée dans le sacrifice, sera consommé par les croyants pour donner et développer la vie nouvelle et glorieuse du Christ, spécialement dans l’eucharistie (6,53-38). L’eau symbolise l’Esprit Saint (7,38s), qui communique la vie nouvelle au croyant uni au Seigneur ressuscité.

Le premier texte cité (Ex 12,46) stipule dans le rituel de la Pâque juive qu’on ne doit pas briser les os de l’agneau. Jésus apparaît ainsi comme le véritable Agneau, dont l’agneau pascal était l’image.

Dans la seconde prophétie (Zach 12,10), ceux qui regardent se séparent en deux groupes d’après leur attitude à l’égard du Crucifié. Les premiers sont des révoltés, qui rejettent l’Envoyé de Dieu et qui se condamnent eux-mêmes (Apoc 1,7). Les autres le regardent avec foi pour s’unir à lui et en recevoir la vie (Jn 3,14s).

Comme partout dans le 4e Évangile, la personne, les actions et les paroles du Christ provoquent la division chez les humains. Cette scène du Calvaire montre le don ultime de Dieu dans son Fils, victime de la brutalité humaine. Tel est le cœur du mystère d’amour du Seigneur : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… » (Jean 3,16). Confronté à ce mystère, toute personne doit décider librement. C’est dans cette décision que consiste le jugement. Ce n’est pas Dieu dans son Fils qui juge, car il le déclare : « Moi, je ne juge personne » (Jean 8,15), mais bien la personne humaine qui se juge elle-même, en refusant librement le don de Dieu dans son Fils, ou en adhérant par la foi au sacrifice du Christ, qui transforme la mort en résurrection.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/06/10 – Mt 5, 20-26

Les mots « loi, précepte, obligation » ne sont guère populaires de nos jours. Ils provoquent une réaction de défense, parce que nous avons l’impression qu’ils expriment des contraintes ou même s’attaquent à notre liberté. Pourquoi donc la Loi occupait-elle une telle importance dans les préoccupations du peuple, au temps de Jésus ? Parce qu’elle manifestait la volonté de Dieu et qu’elle protégeait les fidèles contre l’idolâtrie du monde païen qui les entourait.

Cette Loi était-elle une contrainte ou une manifestation de bienveillance du Seigneur ? Tout dépend de l’image qu’on se fait du Dieu en qui nous croyons : soit un Maître dominateur, qui surveille et qui punit; ou bien, un Père qui regarde sans cesse les siens avec amour ? Si nous vivons sous le regard aimant de Dieu, la Loi exprime sa volonté pour éclairer la voie de la vie et du bonheur. Sans jamais nous brimer, il nous laisse libres de l’accepter ou de le refuser.

La « justice », dont parle Jésus, désigne la conduite du croyant en accord avec la volonté de Dieu exprimée dans la Loi. L’ensemble de ces lignes de conduite constitue le programme de Jésus, comparé à celui de Moïse, tel qu’on l’enseignait dans les synagogues. « On vous a dit » (à la synagogue), moi, je vous dis. »

La « justice » des Pharisiens, leur morale, était austère et se conformait à une série de 613 commandements, provenant de la Loi écrite et de la tradition. Cette multiplication des commandements visait à protéger le peuple élu contre les influences païennes autour de lui. Même si cet ensemble de prescriptions était pesant, il était possible de les observer, car elles concernaient la conduite extérieure des fidèles et elles étaient donc mesurables.

La « justice » que proclame Jésus ne consiste pas en une nouvelle série de lois. Jésus réduit toutes les lois à une seule, celle d’aimer. Or l’amour parfait est un idéal qui devient une utopie. Il n’est pas mesurable, car il ne pourra jamais être atteint. En conséquence, le chrétien ne peut accomplir cette loi et a toujours conscience d’être pécheur, en-deçà de cette loi de l’amour. Il demeure sans cesse dépendant de la miséricorde de Dieu. Il est donc toujours pécheur, mais pécheur pardonné.

Chacun des six exemples, que Jésus présente pour illustrer cette « justice » supérieure, montre qu’il s’attache non seulement à l’action extérieure de la personne humaine, mais à l’intention de celle qui agit. Toute la valeur, positive ou négative de l’action extérieure, provient de l’intention qui l’a motivée.

Le premier exemple porte sur la colère et le meurtre. Sans enlever la vie corporelle au prochain, on peut le tuer de bien des manières, par exemple en l’humiliant en parole, en l’insultant, en ternissant sa réputation,…

Défendre seulement la manifestation extérieure de la colère, c’est l’équivalent de l’intervention d’un chirurgien qui se limite à enlever une tumeur maligne, mais qui laisse intacte la racine de cette tumeur. Jésus va à la racine du meurtre, la haine, qui tend à détruire son prochain.

L’amour ne se limite pas à éviter l’agressivité à l’égard du prochain. L’amour n’est pas seulement négatif, il tend à procurer le bonheur de son frère. Aussi l’amour prend l’initiative de la réconciliation. Celui qui a l’amour dans son cœur fait les premiers pas.

Il ne faut pas s’illusionner avec des sacrifices. Qu’ils soient de n’importe quelle sorte, les sacrifices sont extérieurs à la personne qui les offre et n’ont aucune valeur, s’ils ne sont pas animés de l’intérieur par la miséricorde. Cette dénonciation des sacrifices purement extérieurs reprennent les diatribes des prophètes contre l’illusion d’offrir des sacrifices pour masquer son injustice.

La « justice » des Pharisiens apparaît comme une morale extrêmement exigeante, mais fermée. Le fidèle qui a observé tous les commandements, même les plus petits, peut se déclarer satisfait de lui-même. À l’opposé de cette « justice » fermée, Jésus propose une « justice » ouverte à l’infini, appelant le croyant à toujours progresser dans l’amour, sans qu’un terme mette fin à sa générosité.

Aussi le chrétien ressent continuellement sa pauvreté face au Seigneur qu’il aime. La célébration de l’eucharistie rappelle sans cesse qu’il doit être humble : au début il confesse ses fautes et, même juste de communier, il répète : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir… » Mais la parole de grâce peut le purifier.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/06/09 – Mt 5, 17-19

Jésus déclare à ses disciples qu’il n’est pas venu abolir ce qu’il y a dans la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire dans l’Ancien Testament. Rien ne sera aboli sans avoir été d’abord amené à sa perfection. Il donne un sérieux avertissement: un disciple qui rejetterait qui enseignerait de rejeter le plus petit des commandements qui y sont contenus serait déclaré le plus petit dans le Royaume de Dieu. Et inversement, celui qui observerait tout serait déclaré le plus grand.

Le sermon sur la montagne a commencé par une proclamation de la venue du Royaume de Dieu avec les béatitudes qui offraient un renversement des valeurs du monde. Ce qui suivait était un rappel et peut-être un encouragement pour la communauté de Matthieu: c’était l’exhortation à des disciples à demeurer le sel de la terre et la lumière du monde. Vient ensuite notre passage qui est à la fois une déclaration et un avertissement.

Jésus déclare qu’il n’est pas venue abolir la Loi et les Prophètes, mais son rôle est plutôt d’accomplir, c’est-à-dire de porter à sa perfection ce qui était commencé dans l’Ancien Testament. C’est un thème important pour l’évangile de Matthieu qui accumule les citations de la Bible pour montrer que la vie de Jésus est en continuité avec le passé d’Israël.

Mais, il faut le dire tout de suite, cette continuité n’exclura pas de la nouveauté. Il y aura dans le même sermon, une série de déclarations de Jésus commençant par une allusion à la parole de Dieu dans l’Ancien Testament (Vous avez entendu…. Il a été dit….par Dieu) et continuant par une sorte d’antithèse: Et bien, Moi, je vous dis que… Et ce qui suit est plus qu’une répétition!

Il y a donc ce double aspect dans la vie et l’enseignement de Jésus, de la continuité et de la discontinuité. Ceci pouvait poser des difficultés sérieuses dans la vie des communautés primitives. Ainsi, dans les Actes des apôtres, on voit que les apôtres, les Douze, continuent à aller prier au Temple. Même Paul ira au Temple. Or Etienne, un juif converti provenant d’un milieu de culture grecque et un des premiers diacres, dans son discours juste avant d’être lapidé, déclare que le Temple, c’est fini: Dieu n’est pas dans le Temple. Un autre exemple, est celui dont parle Paul: la question des viandes qui reviennent sur le marché après avoir été offertes dans les temples païens. Il dit: toi, tu sais que les idoles sont rien. Tu peux manger cette viande. Mais ton frère, lui, ne sait pas que cette viande n’est pas impure. Pour ne pas scandaliser ton frère faible, tu t’abstiendras d’en manger.

Notre texte comporte donc l’avertissement pour ceux qui diraient que les prescriptions de l’Ancien Testament n’ont plus d’importance et violeraient ou enseigneraient les autres à violer un précepte : on s’attendrait à ce que l’avertissement se termine en disant que ces gens-là sont hors du Royaume….

Mais Matthieu a de ces gens dans sa communauté et il veut les avertir, non pas les exclure de la communauté: il dit donc qu’ils seront les plus petits dans le Royaume. Comme Jésus le répétera, un disciple doit toujours prendre garde aux petits, aux disciples plus faibles ou moins éclairés: la liberté de doit pas s’exprimer à leurs dépens.

Jean Gobeil SJ 

2021/06/08 – Mt 5, 13-16

S’adressant toujours à des disciples, Jésus déclare:

Vous êtes le sel de la terre. Si le sel s’affadit il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds.

Vous êtes la lumière du monde. Pour qu’une lampe donne de la lumière il faut la placer bien haut. De même vos bonnes actions doivent briller pour que soit glorifié votre Père qui est aux cieux.

Nous sommes encore dans le début du sermon sur la montagne. Jésus a commencé avec les béatitudes à proclamer l’heureuse condition des disciples. Maintenant il les avertit du sérieux de leur mission.

Le sel a trois caractéristiques. La première est de donner de la saveur aux aliments. La seconde est de permettre de conserver des denrées périssables: le sel empêche la corruption. Finalement, le sel est considéré comme un élément stable, permanent, qui lui-même ne se corrompt pas. Ainsi, dans la Bible, pour désigner une alliance stable et permanente, on dit que c’est une alliance de sel.

En disant, vous êtes le sel de la terre, Jésus avertit ses disciples: ils doivent avoir un rôle important sur la terre et doivent le remplir avec fidélité et persévérance.

Une seconde image, celle de la lumière, vient renforcer l’idée d’une mission qui nettement déborde les limites d’une communauté. Isaïe avait employé la même image pour parler de la future mission d’Israël dans une perspective universaliste. Jérusalem, située sur une montagne, attirerait les peuples: Les nations marcheront à ta lumière.   (Is.60,3)

Et pour le serviteur, Yahvé dit: Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre.   (Is.49,6)

Les disciples doivent être comme cette lumière; pour éclairer, ils ne doivent pas être cachés. On ne garde pas une lampe sous le trépied où elle est quand on ne s’en sert pas. Mais la lampe allumée on la met bien haut pour éclairer toute la maison qui, pour les gens ordinaires, n’a qu’une pièce mais dont les ouvertures sont très petites pour se protéger du froid et de la chaleur. Sans lampe, la maison est toujours obscure: la femme qui a perdu une pièce de monnaie, avant de balayer, allume une lampe en plein jour (Luc,15,8). C’est donc la nécessité de rayonner sur les autres qui est rappelée. Ce rayonnement se fait par “ce que vous faites de bien”, littéralement, “vos bonnes oeuvres” qui, pour des Juifs, veulent dire des œuvres de charité.

Avec ces avertissements, quelqu’un qui veut être un disciple édifiant se prépare à écouter avec attention le reste du discours qui va donner des exemples de vie appartenant au Royaume de Dieu.

Jean Gobeil SJ 

2021/06/07 – Mt 5, 1-12

Jésus gravit la montagne et s’assit (pour enseigner). Les disciples s’approchèrent. Il leur enseignait:
Bienheureux les pauvres en esprit (quant au coeur), le Royaume des cieux est à eux.
Bienheureux les doux (les humbles): ils obtiendront la Terre (promise).
Bienheureux ceux qui sont dans le deuil: ils seront consolés.
Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice: ils seront rassasiés.
Bienheureux les miséricordieux: ils obtiendront miséricorde.
Bienheureux les purs quant au coeur: ils verront Dieu.
Bienheureux les artisans de paix: ils seront appelés fils de Dieu.
Bienheureux ceux qui sont persécutés pour la justice: le Royaume des cieux est à eux.
Bienheureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute, si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi.
Réjouissez-vous. Soyez dans l’allégresse car votre récompense sera grande dans les cieux.
C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Les béatitudes, comme tout le sermon sur la montagne, s’adressent à des disciples, des gens qui ont déjà accepté Jésus comme le Christ, l’envoyé de Dieu. Avec lui, le Royaume est déjà présent d’une certaine manière: remarquez le verbe au présent dans la première et la huitième béatitude.

C’est le Christ qui apporte la réalisation des promesses et des attentes de l’Ancien Testament. Ainsi, par exemple, la seconde béatitude est l’écho du 37,11 : Les humbles posséderont la terre, réjouis d’une grande paix. Ces humbles, ou doux, ou ces petits (les anawims Yahvé), ou les “pauvres” (ceux qui n’ont rien à revendiquer mais comptent uniquement sur Yahvé), ce sont eux que Yahvé écoutent, dit le Ps.34.

Pour montrer qu’il y a un contraste entre les valeurs du Royaume et celles du Monde, la venue du Royaume montre un renversement des valeurs qu’on voyait déjà dans les venues de Yahvé dans l’Ancien Testament et dans le Magnificat de Marie, par exemple. Mais les verbes au futur nous rappellent que ce renversement ne sera complètement réalisé qu’avec le retour glorieux du Christ. Le Royaume est déjà présent mais les forces du mal (derrière les persécutions) et les limites humaines (les deuils) ne sont pas disparues. Mais ce qui fait que des faibles peuvent être dits bienheureux est le fait que dans leur faiblesse ils s’appuient essentiellement sur le Christ qui a vécu ces béatitudes : Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger.

Jean Gobeil SJ