Skip to main content

2021/05/01 – Jn 14, 7-14

Jésus vient de déclarer qu’il est le chemin, l’unique voie pour atteindre Dieu, la source de la vie éternelle. La condition, c’est de connaître Jésus et, par lui, de connaître le Père.

« Connaître » ne signifie pas dans l’Évangile la simple connaissance humaine d’un fait ou d’une personne, mais la relation personnelle de la personne humaine à Dieu (v.7). Par la connaissance du Père, qu’ils connaissent par Jésus, les disciples sont établis à l’égard du Père dans une relation similaire à celle qui unit Jésus à son Père: relation d’amour, d’obéissance et d’habitation mutuelle. Aussi la vie éternelle consiste dans la connaissance du Père par le Christ (17,3).

La demande de Philippe, « Montre-nous le Père » exprime l’aspiration universelle de voir Dieu, la source de tout bien. L’union du Fils à son Père est si parfaite, que Jésus peut reprocher à Philippe de ne pas le connaître, s’il n’a pas vu Dieu en lui (v.9). La demande de Philippe supposait que l’homme peut voir directement Dieu, alors que c’est uniquement par la médiation de Jésus qu’il devient possible de communiquer avec le Père. L’aspiration religieuse de l’humanité peut se réaliser depuis que le Fils de Dieu s’est incarné: dans ses actions, ses paroles et sa personne, Jésus révèle Dieu (1,18).

Jésus parle et agit au nom de son Père, en sorte que ses paroles et ses œuvres ne sont pas les siennes, mais celles du Père. Le développement de cette pensée conclut le ministère public de Jésus : « Je n’ai pas parlé de ma propre initiative, mais le Père qui m’a envoyé m’a ordonné lui-même ce que je devais dire et enseigner » (12,49s). Le Christ caractérise l’ensemble de son ministère comme l’exacte correspondance au « commandement » qu’il a reçu de son Père. La répétition de ce mot souligne l’obéissance de Jésus, lien qui le rattache à son Père et qui, comme la « nourriture », entretient sa vie (4,34).

Si on refuse de se laisser convaincre par les affirmations de Jésus, on doit croire au moins en raison des œuvres que le Père accomplit par lui. Cette foi qui a besoin d’être suscitée par les œuvres et les signes n’est pas la meilleure, car « si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croi¬rez donc jamais. » (4,48).

Avec son retour au Père, le ministère de Jésus ici-bas prend fin. Par son Incarnation, il a assumé par amour les limites humaines. Mais il continue sa mission par et dans ses disciples, qui feront « les œuvres que je fais. » (v.12)

Non seulement ces œuvres des chrétiens seront celles de Jésus, mais elles seront plus grandes que les siennes. Comment comprendre une assertion aussi déconcertante? Les « œuvres » des chrétiens prolongeront l’œuvre même du Christ agissant dans son Église, mais elles ne seront plus limitées par le temps et l’espace comme celles de Jésus durant son ministère. Aussi les chrétiens amèneront plus de personnes à croire que Jésus lui-même. Le contraste entre les œuvres de Jésus et celles « plus grandes » de ses disciples porte donc sur le nombre des convertis. Jésus a déjà annoncé cette mission de ses disciples et son succès (4,35-38). La pêche miraculeuse, accordée par le Ressuscité, en sera le symbole (21,1-14).

La montée de Jésus vers le Père produira l’efficacité missionnaire des disciples. L’œuvre de Jésus était nécessairement incomplète avant cette consommation de son ministère. Lorsque le Père glorifie son Fils, il « remet tout entre ses mains » (13,3). Jésus glorifié peut donner l’Esprit à ses disciples et il peut accomplir ainsi par eux des « œuvres plus grandes » qu’avant sa glorification.

Lorsque le chrétien invoque la personne de Jésus, en union avec lui, il demande en son « nom » (vv.13s). Cette prière n’est pas magique, comme si le disciple pouvait, selon sa fantaisie, amener son Seigneur à abaisser et réduire sa volonté à la sienne. Le lien avec le v.12 montre que l’objet de cette prière concerne l’activité du chrétien, en tant que celle-ci prolonge l’œuvre du Christ et qu’elle en dépend (1 Jn 5,14: demander « selon sa volonté »).

La prière chrétienne est donc toujours exaucée, puisqu’elle est faite en union avec la volonté de Dieu. La répétition et la persévérance dans la prière n’ont pas pour but de changer la volonté de Dieu, mais de parvenir à conformer la nôtre à celle de notre Seigneur. De même, Jésus affirme que le Père l’exauce toujours (11,41s), parce qu’il fait toujours ce qui plaît à son Père (8,29). Le Christ lui-même exaucera cette prière du chrétien, car le Père, présent dans son Fils, agit par lui (15,16; 16,23). C’est ainsi que le Père sera glorifié dans le Fils et dans ses disciples, en qui il se montrera.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/04/30 – Jn 14, 1-6

Le texte que nous avons aujourd’hui est le commencement des discours d’adieux. Jésus va passer de son existence terrestre à son existence céleste. Il annonce son départ et dit aux disciples qu’ils ne peuvent le suivre maintenant. Mais il vient de leur annoncer : ils doivent maintenant faire quelque chose qu’il appelle un commandement nouveau.  (Jn.13,34)

Nous connaissons déjà, par les évangiles de Matthieu, Marc et Luc le commandement de l’amour du prochain. Le prochain c’est n’importe qui. Ce peut même être un ennemi. Mais Jésus parle maintenant de l’amour ‘’les uns pour les autres’’, c’est-à-dire l’amour à l’intérieur de la communauté. Il sera un signe de celui qui est absent maintenant. Ce sera le devoir de la communauté de montrer la présence de l’amour du Christ.

Pour le moment, les disciples sont frappés de l’annonce de son absence et il doit les aider à retrouver leur paix intérieure. ‘’Ne soyez donc pas bouleversés.’’ On perd ordinairement la paix parce qu’on regarde mal ou qu’on regarde uniquement un aspect. Jésus leur demande donc d’avoir la foi en lui. Il ne les oublie pas : il va leur préparer une place.

Il fait ensuite une promesse : ‘’Je reviendrai vous prendre.’’ L’attente de cette réalisation se retrouve en de nombreux endroits des premiers écrits chrétiens. Ce sera le retour glorieux du Christ qui fera participer à sa gloire les disciples fidèles.

Il conclut en déclarant que pour atteindre le Père, Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie. Il est le Chemin : pour atteindre le Père il faut le suivre. Il est la Vérité : il vient révéler que Dieu est comme un Père, qu’il a donné son Fils et qu’il est proche. Il est la Vie. Très tôt il a déclaré qu’il était venue sauver et non pas détruire et qu’il apportait une vie nouvelle en ‘’surabondance’’ (Jn.10,10).

2021/04/29 – Jn 13, 16-20

L’humiliation du lavement des pieds des disciples par Jésus exprimait dans un geste symbolique le sacrifice de la croix. Jésus explicite maintenant la manière d’agir des chrétiens à la suite du geste posé par leur « Maître » (celui qui enseigne) « et Seigneur  » (celui qui commande).

Dans les trois évangiles précédents (Mc 10,32-45; Mt 20,17-28; Lc 22,25-29), Jésus enseignait qu’il était le Serviteur et que son disciple devait servir de la même manière que son Seigneur. Ce service volontaire découlait du sacrifice de Jésus.

« Comme » ne signifie pas seulement que le service des chrétiens imitera celui de Jésus. Ils doivent servir comme le Christ Jésus, parce qu’ils ont accepté, par la foi et le baptême, la vie du Crucifié. Le geste de Jésus devient en eux un ferment d’amour qui s’épanouit dans le service.

Les vv. 16 et 20 signalent deux autres motifs d’imiter et de suivre Jésus dans la voie du service. L’esclave partage la destinée de son Maître, parce qu’il a voulu librement se livrer à lui et lui appartenir. L’envoyé représente et prolonge celui qui l’envoie. En lui, apparaît la figure de son Maître. À son serviteur qui pratique à sa suite ce qu’il enseigne, le Seigneur Jésus promet le vrai bonheur. (v.17).

En citant le Ps 41,10, Jésus associe Judas à cet ami intime de David, qui commet un acte subit de traîtrise et de violence contre son hôte, dont il partage la table. L’image est celle de la ruade subite du cheval ou de l’âne. Cette trahison marquera le début de la Passion, « l’heure » de la glorification du Christ. L’amour du Fils pour son Père se manifestera parfaitement dans le don de sa personne. Lorsque « l’heure » sera accomplie, les disciples seront en mesure de croire que Dieu, le Seigneur, est parfaitement présent en Jésus, qui peut affirmer lui aussi « Je Suis ».

Jean-Louis D’Aragon SJ 

2021/04/28 – Jn 12, 44-50

Jésus fait une dernière proclamation en public. Il déclare que croire en lui c’est croire en celui qui l’a envoyé et le voir, c’est voir celui qui l’a envoyé. Il dit qu’il est la lumière venu dans le monde, non pas pour juger le monde mais pour le sauver. Mais rejeter ses paroles, c’est avoir son propre juge dans ses paroles. Ces paroles viennent du Père; elles transmettent les paroles du Père.

C’est la fin de ce qui s’adresse à un public en général. Ce qui va suivre sera la dernière cène avec les disciples. Le texte est introduit par la mention que Jésus disait et qu’il criait, sans doute pour indiquer que c’est une proclamation finale qui est une sorte de résumé de ce qu’il a déjà dit et qui représente le cœur de son message.

Jésus a déjà déclaré, dans le milieu de l’évangile : Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie. (Jean 8,12) La lumière est une comparaison qui est importante parce qu’elle recouvre différents aspects de l’identité du Christ.

Dès le début de l’évangile, il avait déclaré à Nicodème, pour indiquer une position différente de celle de Jean Baptiste, que le Messie n’était pas venu pour juger le monde : Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jean 3,17) Et en parlant de son rôle comme pasteur, il a dit ce qu’il voulait pour son troupeau : Moi je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante. (Jean 10,10) Cette vie qu’il appelle parfois divine a une qualité proprement divine. Elle est parfois comparée à l’eau; elle est nourrie par la parole. Elle est victorieuse de la mort. Elle est déjà donnée à ceux qui accueillent la parole du Christ et sera pleinement manifestée lors de la glorification. C’est le don par excellence qu’il est venu apporter à l’humanité.

La lumière parle de l’identité de Jésus. En dissipant les ténèbres elle évoque la Révélation qui apporte les paroles du Père. Moi et le Père, nous sommes Un, avait dit Jésus au grand scandale des Juifs (Jean 10,30). Qui m’a vu a vu le Père, dira Jésus à Philippe (Jean 14, 9). Et les paroles qu’il dit, il les a reçues du Père. En l’accueillant, on accueille le Père et sa présence. On accueille sa Parole, le Verbe, et on reçoit sa Vie.

Jean Gobeil SJ

2021/04/27 – Jn 10, 22-30

Jésus est à Jérusalem pour la fête anniversaire de la Dédicace du temple qui rappelle la purification du temple par Judas Maccabée après la profanation faite par Antiochus Épiphane. On mentionne la colonnade de Salomon qui était un portique le long du mur sud de l’esplanade du temple où enseignaient et discutaient les docteurs de la Loi. Les Juifs somment Jésus de dire s’il est le Messie comme le fera le grand prêtre à son procès. Jésus répond: Je vous l’ai dit et vous ne croyez pas. S’ils étaient comme les brebis de son troupeau, ils écouteraient sa voix et auraient la vie éternelle. Personne ne pourrait les séparer de lui parce que c’est le Père qui les lui a confiées. Le Père et moi, nous sommes Un, déclare Jésus.

A la question, Es-tu le Messie, Jésus répond indirectement: Je vous l’ai dit. Jésus se défie du titre qui a souvent des connotations politiques. Ce que Jésus a dit, il l’a dit à travers ses œuvres. Mais pour entendre ou voir ce que reflètent ces œuvres il faut la foi en lui. C’est pour cela qu’il ajoute: Je vous l’ai dit et vous ne croyez pas. Même avec les disciples de Jean Baptiste qu’il a envoyé demander, Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre, Jésus donne comme réponse des exemples de ses œuvres. Pourtant Jean Baptiste n’avait pas en tête un Messie politique. Ce n’est qu’avec la Samaritaine qui était venue puiser de l’eau qu’il répond directement à ce qu’elle attend. Elle parle du Messie qui doit venir, qu’on appelle Christ, et qui expliquera tout. Jésus lui dit: Je le suis, moi qui te parle. La conversation qu’elle avait eue avec Jésus l’avait préparée: elle était prête à croire en lui. Elle ne cherchait plus de l’eau matérielle: elle l’avait oubliée. En fait, elle oublie même sa cruche pour aller annoncer aux gens du village celui qu’elle a rencontré.

Sans la foi on ne peut entendre ce que Jésus dit. Et c’est par la foi qu’on fait partie de son troupeau. Jésus ajoute que ceux qui font partie de son troupeau, rien ne peut les séparer de lui. On pense à la phrase de saint Paul: Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ? (Romains 8,35)
Et c’est cette union au Christ qui implique union avec le Père et amène la déclaration finale: Moi et le Père sommes Un.

Les Juifs voudront le lapider en disant à Jésus qu’il blasphème: parce que n’étant qu’un homme, tu te fais Dieu. La foi chrétienne est juste l’inverse: le Verbe s’est fait chair. Dieu s’est fait homme.

Jean Gobeil SJ 

 

2021/04/26 – Jn 10, 1-10

La première partie (10,1-6) est une parabole, un texte énigmatique pour l’auditeur et qui l’invite indirectement à voir un sens qui l’interpelle. Il est question d’une bergerie, avec une entrée et un gardien. Elle contient plusieurs troupeaux. Ceux qui ne passent pas par l’entrée sont des voleurs qui vont tuer des brebis. Celui qui passe par la porte est un pasteur légitime. Pour rassembler son troupeau à lui, il appelle ses brebis, chacune par son nom. Elles écoutent sa voix et ainsi le reconnaissent. Il les fait sortir; il marche à leur tête et elles le suivent. Elles fuiraient une autre voix.

La seconde partie veut expliciter la parabole (10,7-10). Je suis la porte, dit Jésus. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé. Il pourra aller et venir. Les voleurs détruisent et tuent mais Jésus, lui, est venu pour qu’on ait la vie en surabondance.

Dans la première partie, le pasteur légitime est celui qui rassemblera son troupeau et le fera sortir de la bergerie. Faire sortir est l’expression employée par Dieu pour parler de l’exode. Il est celui qui fait sortir d’Égypte son peuple et lui donne la liberté. Le pasteur qui fait sortir les brebis de son troupeau leur donne la liberté parce que maintenant elles peuvent paître. Jésus fait allusion à un nouvel exode, une nouvelle libération qu’il donnera à ceux qui feront partie de son troupeau, à ceux qui auront reconnu sa voix, c’est-à-dire à ceux qui l’auront accepté. Les brebis qui n’auront pas reconnu sa voix ne feront pas partie de son troupeau et ne profiteront pas de cette libération.

Le pasteur marche à la tête des brebis et elles le suivent. Après la libération d’Égypte, Dieu a agi comme un pasteur: il a été présent à son peuple pour le guider et le protéger pour marcher à leur tête. C’est son action qui a fait d’Israël le peuple de son bercail comme le répètent les Psaumes.

La parabole suggère donc que Jésus peut réaliser un nouvel Exode, que ceux qui répondront à son appel constitueront un peuple nouveau. La parabole suppose aussi de la fidélité. Répondre à sa voix, le suivre, sont des images d’une fidélité à préserver. Mais ceci ressort davantage dans l’explication de la parabole.

En introduisant la figure de la porte comme illustration de son œuvre Jésus reprend un thème dont il a parlé dans le discours sur le pain de vie et qu’il utilisera encore avec l’image de la voie ou du chemin: Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. (Jean 14,6) C’est le thème du médiateur unique. Ce n’est que par lui qu’on peut connaître le Père et avoir accès à lui et à sa Vie. Je suis la Porte. Si quelqu’un entre par moi il sera sauvé. (Jean 10,9)

Pour la brebis, cela veut dire qu’elle entrera et sortira et trouvera un pâturage. L’expression est employée pour dire le contraire d’être perdu ou d’errer sans but. Elle est employée pour décrire Josué qui doit prendre la succession de Moïse et guider le peuple : Il entrera et sortira à leur tête. (Nb.27,17)  Le troupeau en liberté ne va pas n’importe où: il va, guidé par le pasteur, vers un pâturage. De même, la liberté qu’apporte Jésus à ceux qui répondent à sa voix a un but précis : pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante. (Jean 10,10)

Jean Gobeil SJ

2021/04/24 – Jn 6, 60-69

Pendant que Jésus révèle progressivement le mystère de sa personne, le nombre de ceux qui croient en lui diminue :

– Les Juifs murmurent comme les Hébreux au désert (v. 41; comp. Ex 17, 3).
– Les disciples de plus en plus nombreux se retirent et cessent de faire route avec lui (v. 66).
– Parmi les Douze, l’incroyance s’introduit. Malgré la confession de Pierre, le récit s’achève sur une note pessimiste: « C’est Judas, l’un des Douze qui allait le livrer » (v. 71).

L’Incarnation dans sa manifestation la plus humble, l’eucharistie, rebute l’auditoire de Jésus. Il est vrai qu’il présente cette révélation de son amour pour les siens par des expressions très réalistes : manger sa chair et boire son sang. Aussi le refus de croire s’étend non plus seulement à des Juifs, mais à « beaucoup de disciples » (par deux fois, vv. 60 et 66), qui s’en vont. Si on s’en tient à nos pauvres lumières naturelles – « la chair » – on n’aperçoit que l’apparence, on ne distingue pas le mystère contenu dans le signe eucharistique. C’est « l’esprit qui fait vivre », car il donne la lumière pour croire et comprendre.

Le Christ montre à quiconque veut devenir son disciple de mesurer les exigences de la foi et la place centrale de l’eucharistie dans la vie de l’Église. Quelques années plus tard, plusieurs chrétiens de la communauté de Jean refuseront la réalité de l’Incarnation et de l’eucharistie.
Mais le grand défi de la foi consistera dans la croix du « Fils de l’homme ». Le croyant verra dans ce crucifié le Fils de Dieu, alors qu’il subira l’humiliation propre à un esclave et qu’il sera mis à mort. Pour l’évangéliste, cette élévation en croix de Jésus sera en même temps sa glorification.

Pierre exprime sa profession de foi au nom de tous les croyants, à la 1ère personne du pluriel: « A qui irions-nous…Nous, nous croyons,…nous savons ». « Le Saint de Dieu » est celui qui possède en propre la sainteté de Dieu, qui est le Tout Autre, distinct de tout le créé.
Mais le récit s’achève sur une note tragique, montrant que la fidélité n’est jamais acquise définitivement, car elle peut bas¬culer dans la trahison (v.71).

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

2021/04/23 – Jn 6, 52-59

Les croyants de trois groupes religieux, les juifs, les musulmans et les chrétiens, professent leur foi au Dieu unique. Comment alors les chrétiens sont-ils différents des juifs et des musulmans? Quelle est notre identité, notre visage chrétien, qui nous distingue des deux autres groupes?

Eux croient, comme nous, en un Dieu tout-puissant, qui a créé le monde et qui dirige l’histoire humaine. De leur côté, les chrétiens mettent toute leur confiance dans l’amour de l’unique Dieu, qui « a donné son Fils unique » (Jn 3,16), pour devenir l’un des nôtres, vraiment homme avec ses limites. Il est venu lui-même nous sauver de la mort et nous donner la vie divine. Il s’est abaissé comme un esclave, lavant les pieds de ses disciples, avant d’offrir sa vie sur la croix. Son amour extrême se révèle dans l’eucharistie, où il communique sa vie de Ressuscité sous le signe de la nourriture que nous assimilons.

Après avoir multiplié les pains et nourri la foule, Jésus affirme que lui-même est le pain descendu du ciel, envoyé par le Père. Au-delà du pain matériel, la foule est invitée à découvrir le Christ, Fils de Dieu, venu de l’au-delà. Jésus insiste sur cette vérité, car il s’agit du cœur de la foi : voir l’Envoyé du Père dans le signe central de l’histoire humaine, Jésus de Nazareth,

Le « pain » désigne, au début du discours, la révélation de Jésus, ses actions et ses paroles, c’est-à-dire la mission que le Père lui a donnée pour communiquer la vie au monde. C’est la révélation du salut à laquelle le croyant adhère et qu’il doit assimiler.

Le verbe « manger », répété quatre fois dans cet extrait, exprime à la fois l’insistance sur la nécessité de recevoir le Fils de l’homme et le réalisme de la manducation. Le croyant s’approprie la vie du Christ dans le signe de la nourriture qu’il assimile et qui devient sa propre substance. L’eucharistie, chair et sang, communique au croyant ces deux dons essentiels à son bonheur: la vie éternelle dès ici-bas et l’union à Jésus, le Fils incarné et ressuscité.

Le chrétien reçoit dans le moment présent la vie éternelle par son union avec le Ressuscité. Il demeure dans le Père, présent dans son Fils. L’amour nous sort de nous-mêmes pour nous retrouver dans l’Autre, le Christ. Aussi nous invite-t-il à demeurer en lui comme il demeure en nous. La vie qu’il nous donne dans cette communion se développe en vie éternelle, jusque dans l’au-delà.

Les auditeurs de Jésus ont refusé de croire. De même, plusieurs disciples du Christ, des chrétiens au temps de l’évangéliste, ont refusé de croire dans ce don extrême de l‘amour divin. L’eucharistie est un défi à nos sens de la vue et du goût. Nous savons pourtant que notre vue est limitée et il en est de même pour notre audition. Ces limites devraient nous rendre humbles et nous disposer à croire dans le mystère, qui dépasse les limites de notre intelligence.

La foi est spontanée et facile dans les circonstances ordinaires de notre existence : voyage en train ou en avion, opération chirurgicale, la nourriture qu’on nous offre,… Mais la foi dans ce qui nous dépasse complètement, dans l’au-delà, dans le mystère de Dieu, devient un défi. Pour croire dans l’amour infini du Père, qui se donne dans son Fils unique, il faut aimer. Seul, l’amour peut accueillir l’amour. Telle est la marque distinctive du chrétien, s’écrie Jean : « Nous, nous avons cru dans l’amour. » (1 Jn 4,16)

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

2021/04/22 – Jn 6, 44-51

Jésus révèle une nouvelle dimension de lui-même, en s’identifiant à ce pain descendu du ciel et en affirmant qu’il comblera la faim et la soif de vie et de bonheur de tous ceux et celles qui croiront en lui. Jésus l’a déjà dit, mais ses interlocuteurs n’ont vu que l’aspect extérieur de l’image du pain, sans pénétrer jusqu’à la vérité que cette image veut signifier. Cette incompréhension correspond à celui qui entend une langue étrangère; pour lui, ce ne sont que des sons dont il ne comprend pas la signification. De même, les auditeurs de Jésus ne comprennent pas et ne croient pas. Dans la multiplication des pains, ils n’ont vu que le prodige, ils se sont arrêtés à l’apparence, à la superficie, sans pénétrer jusqu’à la révélation que le signe contenait.

Dieu donna la manne pour que le peuple vive selon la Loi. La manne et la Loi étaient associées pour être déposées ensemble dans l’Arche d’Alliance. En multi-pliant les pains au désert, Jésus, nouveau Moïse, donne une nouvelle Loi. Il apporte une nouvelle manne, lui-même, pour accorder la force de vivre comme lui. De même que la manne était considérée par les Juifs comme le signe de la Loi, Jésus, pain descendu du ciel, se présente comme la Révélation définitive, qui donne la vie au monde.

Venir vers Jésus est un don de Dieu, qui « attire » le croyant (v.44), mais qui n’enlève aucunement la responsabilité d’une libre décision. La volonté du Père, que Jésus accomplit, c’est de sauver tous ceux et celles qu’il lui donne et qui croient en lui. Croire, c’est « voir le Fils » dans l’homme Jésus de Nazareth. Le croyant découvre dans le signe central, qui est le Christ Jésus, sa communion unique qui l’unit au Père et qui le fait vivre. Par sa foi, le chrétien, de son côté, peut communier au Seigneur ressuscité et accueillir le don de la résurrection et de la vie éternelle. (vv.39-40).

L’incrédulité consiste dans le refus de voir au-delà de l’immédiat. Les Juifs ne voient que l’homme Jésus : « N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph? Ne connaissons-nous pas son père et sa mère » ? » Comment peut-il dire qu’il est descendu du ciel ?
Les prophètes avaient déjà annoncé que Dieu lui-même instruirait son peuple (Jér 31,33; Éz 11,19s; 36,26s). Celui que le Père instruit vient vers son Envoyé, le seul Médiateur, car personne autre que lui a vu Dieu le Père. Seule la grâce du Père permet de découvrir le Fils dans l’homme Jésus.

Jésus répète qu’il est le pain qui donne la vie éternelle à celui qui croit en lui. La manne accordée aux ancêtres n’était qu’une image, qui ne pouvait pas par elle-même donner la vraie vie. Jésus ajoute une précision dans le sens eucharistique, car le pain qu’il identifiait déjà à sa personne, c’est sa chair, c’est-à-dire lui-même incarné, dans sa dimension physique. Rebutée par cette dernière déclaration, la foule refuse de croire et de comprendre, « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »

Dans la conclusion de ce passage, Jésus fait allusion à sa mort comme source de vie. « Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie. » Telle est la pointe extrême de l’Incarnation: le Fils de Dieu s’est abaissé à notre niveau humain, il livre sa vie et se donne en nourriture. Il y a donc continuité entre l’Incarnation, la mort en croix, la résurrection et le sacrement eucharistique.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

[:]

2021/04/21 – Jn 6, 35-40

Le jour suivant la multiplication des pains, la foule rejoint Jésus. Jésus déclare qu’il est le pain de la vie. Il fait disparaître la faim et la soif la plus profonde pour ceux qui, envoyés par la Père, viennent à lui. Jésus, qui fait la volonté du Père, ne veut perdre aucun de ceux-là. Ils voient en Jésus le Fils du Père et ils croient en lui. C’est à eux que Jésus donne le pain, c’est-à-dire la vie éternelle et il les ressuscitera au dernier jour.

La foule qui a été impressionnée par le miracle de la multiplication des pains vient rejoindre Jésus. Mais cette foule ne pense qu’au pain matériel et Jésus leur en fait la remarque. Le pain qu’ils ont mangé n’est qu’un signe d’une nourriture qui donne la vie éternelle. Les gens demandent quelles sont les œuvres qu’ils doivent accomplir pour avoir cette nourriture. Jésus répond en disant qu’il s’agit d’une seule œuvre: croire en celui que Dieu leur a envoyé. Mais eux voudraient un autre signe du genre de la manne que Moïse avait obtenue et qui assurait la nourriture quotidienne. Ils ont à l’idée un messie qui assure la prospérité matérielle. Croire en Jésus qui leur parle d’autre chose est une épreuve pour leur foi.

L’approche de Jésus ici, rappelle l’épisode de la Samaritaine venue puiser de l’eau. Au lieu du pain Jésus a parlé de l’eau, une eau qui était un don de Dieu et qui apaiserait la soif la plus profonde. Elle avait demandé alors d’en avoir pour ne plus avoir à venir puiser. A la révélation qu’il était le Messie, et qu’il était lui-même cette eau, elle avait cru et avait été transformée.

C’est à une révélation analogue que correspond le texte d’aujourd’hui. Le pain que Jésus offre donne la vie éternelle et ce pain c’est lui-même : Moi, je suis le pain de la vie. (6,35) Il ne dit pas le pain de vie mais bien le pain de la vie, une vie bien spécifique. Il s’agit de la vie de Dieu, de sa vie à lui. C’est la vie qu’il veut donner et qu’il donnera à ses disciples quand il dira: Ceci est mon sang.

Ceci est comme le dernier mot de la communication de Dieu. Tout au long du Prologue de l’évangile, Jean emploie le terme le Verbe qui est un équivalent de la Parole. En parlant ainsi du Verbe de Dieu, Jean se trouve à dire que c’est de l’essence de Dieu de communiquer, de communiquer quelque chose de lui-même. Qu’on parle de la parole de Dieu, qu’on parle de la lumière, qu’on parle du pain, qu’on parle de l’amour de Dieu, on parle toujours de quelque chose d’essentiel de Dieu qui est de vouloir communiquer.

Et c’est par le Verbe, la Parole, que commence la création. Tout fut par lui (le Verbe), et rien de ce qui fut ne fut sans lui. (1,3)
En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. (1,4) La Parole, qui est lumière, dans la création qu’elle fait, dit quelque chose de la bonté de Dieu : Dieu vit tout ce qu’il avait fait: cela était très bon. (Gn.1,31)

Au long de l’histoire d’Israël, cette Parole a été présente dans les prophètes jusqu’au dernier, Jean Baptiste, qui est mentionné dans le Prologue pour dire qu’il n’était pas la lumière mais qui fut “un témoin de la lumière”.

Cette lumière, c’est le Christ; c’est la Parole qui s’est faite chair, qui a pris notre condition humaine. Il dit aujourd’hui: “Je suis le pain de la vie”. (6,35)  Ce que le Christ communique maintenant c’est la vie même de Dieu.

L’image de l’eau qu’il offrait à la Samaritaine et l’image de la lumière évoquent la communication que Dieu offre. L’image du pain, une nourriture qui devient partie de nous-mêmes, dit que Dieu veut vivre en nous-mêmes pour que nous partagions sa vie. La communication divine va jusqu’à la communion qui fait de nous des enfants de Dieu.

Jean Gobeil SJ