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2021/05/13 – Mc 16, 15-20 – Ascension du Seigneur

Avant de quitter les disciples, le Christ leur donne la mission d’aller proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde entier. Il leur promet que la puissance de Dieu les protégera et fera des signes à travers leurs actions. Après que le Christ soit retourné dans sa gloire auprès du Père, les disciples travaillent à la mission et le Seigneur travaille avec eux.

Le disciple qui a écrit la conclusion de l’évangile de Marc (ce qui est ajouté après Mc.16,8) a utilisé des traditions qu’on retrouve dans les autres évangiles. Le texte aujourd’hui rappelle la finale de Matthieu où Jésus confiait aux disciples la mission d’aller baptiser “toutes les nations”. Mais ce qu’il fait est quand même en continuité avec la pensée de Marc.

L’auditoire de Marc semble bien être une communauté qui a des difficultés et des doutes; elle est peut-être en proie à de la persécution, comme Rome. Marc suggère que les chrétiens de cette communauté ne devraient pas être surpris par les difficultés et les doutes: il leur montre l’exemple des apôtres qui, même s’ils étaient avec le Seigneur, souvent ne comprenaient pas. Plusieurs fois, Jésus leur reprochent de ne pas avoir de foi (dans Matthieu et Luc, Jésus parle plutôt de leur peu de foi). Dans les moments difficiles, ils dorment ou sont absents ou ont peur. Jésus lui-même, dit Marc, à Gethsemani, commença à ressentir effroi et angoisse (Marc 14,33).

La conclusion de l’évangile rappelle donc aux chrétiens qu’en dépit de leurs difficultés et de leurs craintes ils ont la mission de proclamer partout la Bonne Nouvelle. Ils doivent ranimer leur foi et se rappeler que le Seigneur travaillait avec eux.

La foi en la main puissante de Dieu qui agit à travers notre proclamation de la Bonne Nouvelle, si faible soit-elle à nos yeux, nous libère de nos craintes, de nos soucis et de nous-mêmes.

Jean Gobeil SJ

 

 

 

 

2021/05/12 – Jn 16, 12-15

Avant son départ, le Christ dit qu’il aurait encore beaucoup de choses à leur révéler. Mais il leur faudra l’Esprit Saint pour pouvoir les recevoir. C’est l’Esprit qui les guidera vers la vérité tout entière. C’est lui qui transmet ce qu’il reçoit qui vient du Christ. Le Christ a tout reçu du Père et c’est ce que l’Esprit fera connaître.

On parle du rôle qu’aura l’Esprit dans l’Église quand il aura été donné. En partie, c’est un rôle qu’il remplissait déjà dans l’Ancien Testament, comme on peut le voir au Psaume 25.

Fais-moi connaître, Yahvé, tes voies; enseigne-moi tes sentiers.
Dirige-moi dans ta vérité, enseigne-moi; c’est toi, le Dieu de mon salut.
… (Toi) qui remets dans la voie les égarés. (Psaume 25,4-5.8)

Il est celui qui montre le chemin, et qui aide à rester sur ce chemin. Il a un rôle de révélateur mais il est aussi celui qui procure la force de vivre cette révélation.

C’est ce qu’amenait à sa pleine réalisation le Christ quand il disait:
Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. (Jean 14,6)

Maintenant que le Christ est retourné dans sa gloire et qu’il est invisible pour les disciples c’est l’Esprit qui est donné pour remplir ce rôle dans l’Église. Il est le révélateur, l’Esprit de Vérité qui guide vers la vérité tout entière. Non pas qu’il y ait une nouvelle révélation car Jésus est la révélation définitive. Mais il éclaire la révélation; il fait pénétrer le mystère de Dieu à travers les paroles et les actions du Christ. C’est ce que disait Jésus de l’Esprit de Vérité : Il enseignera tout et vous rappellera tout ce que j’ai dit. (Jean 14,26)

L’Esprit n’est pas seulement un révélateur d’une connaissance qui serait abstraite, théorique. Il s’agit d’une connaissance vécue et, dans ce sens, on peut parler de lui comme d’un guide. Ce rôle et cette présence de guide apparaît continuellement dans la description de la vie de l’Église primitive dans le livre des Actes. Les apôtres doivent trouver des solutions et agir dans des situations complètement nouvelles. Philippe qui, guidé par l’Esprit, donne le baptême à l’eunuque de la reine d’Éthiopie, Pierre qui va chez un centurion romain et prend un repas avec des mets pas nécessairement kasher, la création des diacres, l’envoi de Barnabé et Paul en mission dans des territoires païens, l’abolition de la circoncision pour les Grecs convertis. C’est en étant attentif à la présence de l’Esprit qu’on a trouvé les solutions pour permettre à l’Église de continuer l’œuvre du Christ.

Finalement, c’est l’Esprit qui donne la Vie que le Christ apportait, cette Vie qui fait des disciples des enfants de Dieu et qui nous permet d’appeler Dieu, Père, Abba. (Galates 4,6-7; Romains 8,15) C’est l’Esprit de Dieu qui habite dans les disciples et qui les fait reproduire l’image de son Fils. (Romains 8,9.29)

Jean Gobeil SJ 

2021/05/11 – Jn 16, 5-11

Jésus parle de son départ et s’étonne que les disciples ne lui demandent pas: Où vas-tu? Mais cette annonce de départ les remplit de tristesse. Pour les consoler il veut leur montrer que ce départ va leur apporter quelque chose d’important. Son absence sera comblée par la venue du Paraclet, le Défenseur qui est l’Esprit Saint, envoyé par lui alors qu’il est dans sa gloire. L’Esprit fera comprendre que le péché c’est de ne pas croire dans le Christ, le Fils envoyé par le Père. Il fera comprendre où est le bon droit en montrant que Jésus est retourné dans la gloire du Père. Il montrera qui est déjà jugé et condamné: le prince de ce monde.

Le sujet de l’étonnement de Jésus sur le manque de questions des disciples nous rappelle que déjà Pierre et Thomas avaient poser des questions sur le but du départ de Jésus (Jean 13,36; 14,5). Ceci montre bien que notre texte représente une autre tradition des événements durant la dernière Cène. Pour les besoins de la communauté de Jean, le récit a été ajouté à l’évangile qui contenait déjà le premier discours d’adieu. Le rédacteur considérait ce récit comme trop important pour oser le corriger ou pour harmoniser les détails qui ne coïncidaient pas avec le premier discours d’adieu.

Ce texte vient donc encourager non seulement les disciples à la Cène mais encore la communauté de Jean en leur rappelant le rôle de l’Esprit Saint.

L’Esprit Saint fera voir aux disciples que le monde, non pas celui que Jésus est venu sauver (Jean 3,16-17) mais celui qui représente des valeurs opposées à celle du Royaume de Dieu, est dans le péché et que son péché suprême a été de mettre à mort le Fils de Dieu. Le péché est donc le refus de croire que Jésus est le Fils de Dieu, envoyé par le Père.

Ensuite c’est l’Esprit qui fera voir que la mort humiliante du Christ n’est pas le résultat de la domination des forces du mal mais que c’est le passage, l’exaltation vers le Père et la victoire de Jésus sur la mort et les forces du mal. C’est ce que le texte appelle montrer le bon droit de Jésus. La mort du Christ est le passage à sa glorification (Luc 24,26).

Enfin c’est l’Esprit qui fait voir que la condamnation de Jésus est en fait la condamnation du Prince du monde; il peut continuer à agir jusqu’à la fin mais sa défaite est déjà réalisée avec la venue du Royaume de Dieu.

Jean Gobeil SJ 

 

 

2021/05/10 – Jn 15, 26 – 16, 4

Le Christ promet que d’auprès du Père il enverra l’Esprit, qui procède du Père. Il témoignera du Christ et les disciples à leur tour auront à témoigner. Il mentionne que sont des disciples ceux qui sont avec lui depuis le commencement. Il les avertit d’avance que ce témoignage pourra leur coûter des persécutions sérieuses. Il n’avait pas besoin de les avertir plus tôt parce qu’il était avec eux. Mais quand il ne sera plus là et que l’heure de la persécution viendra ils se rappelleront que c’était prévu.

La promesse de l’Esprit est la promesse d’un Défenseur (le “Paraclet”) qui viendra les soutenir dans les persécutions. Il viendra aussi rendre témoignage au Christ. C’est un rappel de ce qu’il leur avait promis plus tôt: l’Esprit, envoyé par le Père, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. (Jean 14,26)

C’est le Père qui donne l’Esprit, qui l’envoie en mission. C’est par l’intermédiaire du Fils qu’il le donne. Jésus avait promis plus tôt:
Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur pour qu’il soit avec vous à jamais: l’Esprit de vérité. (Jean 14,16)

L’Esprit vient du Père par l’intermédiaire du Fils. Il est la nouvelle présence de Dieu et de son Règne: c’est pour cela qu’il y a la mention à jamais. Il remplace le Christ visible auprès des fidèles.

Jésus l’appelle l’Esprit de vérité parce qu’il conduit à la vérité tout entière. Il fait comprendre la personnalité mystérieuse du Christ, comment il accomplit les Écritures, le sens de ses paroles et de ses actions qui sont des signes. C’est dans ce sens de révélateur de la vérité qu’il enseignera tout et rappellera tout ce que le Christ a dit. C’est aussi dans ce sens qu’il témoigne.

Avec cette aide de l’Esprit, les disciples seront appelés à témoigner à leur tour en dépit de l’opposition et des persécutions du monde. En passant, Jésus donne une définition des disciples, ceux qui ont été avec lui depuis le début, qui sera reprise par Luc pour les Douze, lorsqu’il s’agira de trouver un remplaçant pour Judas (Actes 1,21) Mais il y en a d’autres qui l’ont suivi depuis la Galilée jusqu’au Calvaire et même jusqu’au tombeau. Elles sont certainement des disciples, elles aussi, puisqu’elles seront les premières à recevoir la mission de témoigner.

Finalement, tous les fidèles ont à témoigner selon les donc ou capacités particulières de chacun qui proviennent d’ailleurs de l’Esprit et de l’amour du Christ.

Il y a diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous. …Mais, tout cela, c’est l’unique et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l’entend. (1 Corinthiens 12,4-6.11)

Jean Gobeil SJ

2021/05/08 – Jn 15, 18-21

La haine du monde

Jésus annonce cette vérité centrale à ses disciples: leur mission prolongera celle de Jésus et leur existence sera semblable à la sienne, avec les mêmes traits. Inséré dans la personne du Fils de Dieu par sa foi, tout disciple partage la vie et la destinée de son Seigneur.

Auparavant la pensée de Jésus visait les relations entre ses disciples (15,1-17). Maintenant son regard s’étend à l’extérieur de la communauté chrétienne, vers le monde. À l’amour qui doit régner à l’intérieur s’oppose la haine du monde, qui ne peut accepter que ce qui lui ressemble. Par son existence empreinte d’amour, la Communauté chrétienne devient un jugement vivant pour le monde qui cultive la haine.

Parce qu’ils sont unis d’une manière vitale à leur Seigneur, les chrétiens partageront la souffrance et la persécution du Christ, que la haine du monde suscite contre lui. Cette haine du monde, qui s’oppose à l’amour de la communauté chrétienne, fait partie du conflit général entre les ténèbres et la lumière, qui sévit à travers toute l’histoire du salut.

Unis au Christ dans une même mission

Par le choix de ses disciples en vertu d’un amour prévenant, Jésus les a arrachés de ce monde des ténèbres (v.19). La haine du monde à leur égard montre qu’ils appartiennent au Christ. Aussi, comme leur Maître, ils recevront une double réponse dans leur mission: l’accueil de foi ou le refus allant jusqu’à la haine. Leurs persécuteurs poursuivront au fond le Christ, en qui ils ne peuvent voir le Père qui l’a envoyé et qui est présent en lui (v.21).

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/05/07 – Jn 15, 12-17

Tous les commandements se résument en un seul, celui de l’amour mutuel entre les disciples, unis dans la communion avec le Christ, le médiateur entre ses disciples et son Père. (v.12). Le commandement qui permet de demeurer unis ensemble dans la communion avec le Christ est précisément celui de l’amour. L’amour est le lien vital à l’intérieur de l’union entre le Père, le Fils et les disciples. Il faut permettre au Christ d’aimer en nous et par nous, lui, le bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis (10,11; 1 Jn 3,16).

Accepter par amour ce que Jésus commande ne rend pas esclave, mais, au contraire, fait participer à la liberté souveraine de Dieu. Celui qui est entièrement disponible, obéissant, connaît la vérité qui vient de Dieu par l’intermédiaire de Jésus et cette vérité le libère de l’esclavage du péché et de la mort.

C’est à la suite d’un don gratuit, d’un choix bienveillant, que le chrétien devient l’ami de Jésus (v.16). Dans sa prévenance, il fait toujours les premiers pas, il frappe même à notre porte, il appelle et attend patiemment notre réponse (Apoc 3.20). Ce choix découle de son amour et vise l’épanouissement du chrétien, qui produit des fruits parce qu’il est uni au Christ. Cette vie dans le Christ est, de sa nature, conquérante; elle doit s’étendre à toute la mission des disciples.

Jésus conclut avec un rappel de l’unique commandement, l’amour mutuel (v.17), qui forme une transition avec ce qui suit. L’amour qui règne à l’intérieur de la communauté chrétienne contredit la haine qui sévit à l’extérieur, dans le monde.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

2021/05/06 – Jn 15, 9-11

« Demeurez dans mon amour »

Après l’allégorie de la vigne, exprimant l’union entre le Christ et les membres de son corps, Jésus traite maintenant des rapports d’amour à l’intérieur de la communauté chrétienne. L’amour forme le cœur de la relation entre le Père et le Fils. C’est le même amour, provenant du Père par le Fils, qui a suscité l’existence de l’Église. Cet amour prend son origine dans le Père, qui le communique, par la médiation du Christ, à tous ceux et celles qui croient dans son Envoyé.

Amour et obéissance

L’authenticité de cet amour se manifeste dans la disponibilité d’accueillir l’Autre, en s’ouvrant totalement à Lui et se donnant dans la pratique de l’obéissance, qui suppose la confiance totale envers celui qu’on aime. Celui qui obéit renonce à sa volonté propre, à ses désirs et à ses inclinations, pour se conformer au désir de l’Autre, à son « commandement », pour épouser la volonté de celui en qui on met sa confiance.

Il y a toujours une humiliation apparente dans l’obéissance, parce qu’on accepte que sa liberté soit brimée, semble-t-il, par celle d’un autre. C’est une sorte d’invasion dans ce qu’on a de plus intime, la conscience et la responsabilité de sa personne. L’obéissance, comme le renoncement et l’abnégation, désigne quelque chose de négatif, en quelque sorte inhumain, s’il n’est pas animé par l’amour, le don libre de soi. La véritable obéissance ne peut être que l’expression de la confiance et de l’amour.

Communion de joie

Dans sa relation à son Père, Jésus est le modèle de l’union que les chrétiens doivent avoir avec lui, l’Envoyé de Dieu. Bien plus, c’est dans l’amour obéissant de Jésus au Père que les disciples puisent la force exaltante de vivre cet idéal. De cette union du Fils au Père par l’amour qui s’exprime dans son obéissance, découle la joie de Jésus, l’épanouissement de tout son être dans cette communion intime avec Celui qu’il aime. En prolongeant cet amour de service, les chrétiens feront l’expérience de la même joie. Seul l’amour de Dieu, présent dans son Fils Jésus, procure la vraie joie.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

2021/05/05 – Jn 15-1-8

Jésus déclare qu’il est la vraie vigne et que le Père est le vigneron qui cultive la vigne pour qu’elle porte du fruit. Il enlève les sarments improductifs et nettoie ceux qui produisent. Les disciples sont des sarments qui ont déjà été purifiés du fait qu’ils demeurent en Jésus et que Jésus demeure en eux. Demeurer en Jésus est nécessaire pour produire du fruit et demeurer en Jésus suppose que ses paroles demeurent dans les disciples. Alors ils peuvent demander ce qu’ils voudront et ils l’obtiendront. En produisant du fruit, ils font la gloire du Père et ils sont les disciples de Jésus.

La vigne est souvent une image du peuple d’Israël. Une vigne requiert beaucoup d’ouvrage, de soin et de protection. Elle est donc une bonne image pour parler du rôle de Dieu dans l’origine, la libération et la protection du peuple d’Israël.
Il était une vigne: tu l’arraches d’Égypte, tu chasses des nations pour la planter; devant elle tu fais place nette, elle prend racine et remplit le pays. (Psaume 80,9-10)

Mais elle a aussi servi d’image de l’infidélité et de l’ingratitude d’Israël. Après tout l’ouvrage et les soins qu’une vigne a demandés elle n’a pas produit les fruits attendus. Isaïe, entre autres, dira qu’Israël est comme cette vigne.
Mon bien-aimé avait une vigne.

Il la bêcha, il l’épierra, il y planta du raisin vermeil.
Au milieu il bâtit une tour, il y creusa même un pressoir.
Il attendait de beaux raisins: elle donna des raisins sauvages. …
La vigne de Yahvé Sabaoth, c’est la maison d’Israël. …
Il attendait le droit et voici l’iniquité, la justice et voici les cris.
(Isaïe 5,1-2.7)

Quand Jésus dit: Je suis la vigne, la vraie…, cela signifie que c’est lui qui donne à Dieu la réponse attendue, les fruits. Il est le véritable Israël. Il est celui qui donne la vie au peuple nouveau, aux sarments qui donnent des fruits. Les sarments ne peuvent donner des fruits à moins de demeurer unis à la vigne qui donne la vie : En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. (Jean 15,5)

Le Père est le vigneron. Il purifie la vigne. Il enlève ce qui ne porte pas de fruit. Mais les disciples n’ont pas à craindre, leur dit Jésus.
Vous voici nets et purifiés par cette parole: Demeurez en moi comme moi en vous (15,3-4).

Plus loin, il leur dit : Mes paroles demeurent en vous (15,7). C’est une présence mystérieuse mais bien réelle. On se rappelle que Jésus est la Parole, le Verbe incarné. C’est par la Parole que Dieu a créé l’univers. Et Jésus dit que ses paroles demeurent dans ses disciples, que sa présence les purifie pour qu’ils soient reliés à la vigne et portent du fruit. Mais pour cela, il leur recommande de demeurer en lui. Les disciples doivent eux-mêmes rester présents à cette mystérieuse présence en eux: ils doivent rester à l’écoute. Alors ils pourront demander tout ce qu’ils voudront et vous l’obtiendrez (Jean 15,7).

Jean Gobeil SJ 

 

 

 

 

 

 

 

 

2021/05/04 – Jn 14, 27-31a

C’est la fin du premier discours d’adieu. Au moment de quitter le cénacle (14,31b: Levez-vous. Partons d’ici.), Jésus laisse la paix à ses disciples en précisant que c’est lui qui la leur donne. Il promet de revenir mais invite les disciples à se réjouir puisqu’il retourne au Père qui est plus grand que lui. L’heure du prince de ce monde (le pouvoir du mal) approche. Il les invite à croire, c’est-à-dire à voir dans la Passion non pas la victoire du mal mais bien l’amour du Fils pour le Père.

Jésus laisse la paix. Il donne sa paix. Ce n’est pas celle du monde, ajoute Jésus. Paix, Shalom, a servi et sert encore de salutation. Elle sert aussi d’adieu. Comme salutation, elle comporte un souhait comme dans la version arabe, salamalec, Paix à toi. Elle peut représenter une absence de guerre et une sécurité matérielle mais elle a plus d’importance que cela. Elle un aspect positif; l’idée de quelque chose de complet. Elle représente l’existence de quelqu’un qui est en harmonie avec la nature, avec lui-même et avec Dieu. Il n’est donc pas surprenant qu’elle soit une caractéristique de l’Alliance: comme elle, la paix est un don de Dieu.

La paix est quelque chose qui accompagne le Règne de Dieu, ce que Isaïe voyait comme le but de l’histoire du salut quand il disait:
Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion: “Ton Dieu règne.” (Isaïe 52,7)

La paix est l’état de salut qu’apporte le Règne de Dieu. C’est un don qui sera réalisé complètement quand le Règne de Dieu sera manifesté à la fin des temps. Mais avec la présence du Christ, cette paix commence à se manifester: les anges annoncent la paix. Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes, objets de sa complaisance. (Luc 2,14) Jésus est la source et la réalité de la paix :  Je vous laisse la paix; c’est ma paix que je vous donne. (Jean 14,27) Cette paix ne doit pas être affectée par la perspective de son départ, c’est-à-dire par la Passion et par la victoire apparente du mal. C’est pourquoi Jésus ajoute : Que votre cœur ne se trouble pas et ne s’effraie. (Jean14,27d)

 

C’est la paix qu’il a laissée aux chrétiens:
Que la paix du Christ règne dans vos coeurs: tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblés dans un même Corps. (Colossiens 3,15)

Je pars vers le Père car le Père est plus grand que moi.

L’interprétation commune est que le Père, en tant que l’envoyeur, est plus grand que l’envoyé qui, lui, a dû laisser sa gloire pour prendre la nature humaine.

Jésus déclare son amour pour le Père. C’est ce qui justifie son acceptation de la Passion en toute liberté et non à cause d’un pouvoir supérieur du prince de ce monde. Jésus avait déjà déclaré que personne ne pouvait lui enlever sa liberté:
Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre. Personne ne me l’enlève mais je la donne de moi-même. (Jean 10,17-18)

La Passion est donc le retour au Père, le retour à la gloire qu’il avait laissée pour prendre la nature humaine.
Jésus déclare que les disciples devraient se réjouir de ce qu’il retourne à l’amour du Père.

2021/05/03 – Jn 14, 6-14

Il est impossible, par nous-mêmes, de parcourir le chemin qui mène à notre patrie, car elle se situe à un niveau infiniment élevé, où le bonheur dépasse toute imagination humaine. Thomas a raison, car nous ne connaissons même pas ce chemin de l’amour et de la vie. Même en le connaissant, nous n’aurions pas la capacité de le parcourir.

Dans sa réponse à Thomas, Jésus recourt à l’expression caractéristique, « Je suis », qui révèle les attributs divins de sa personne. Comment Jésus est-il « le chemin » vers le Père? Parce qu’il est la vérité, c’est-à-dire la révélation du Père, en sorte que les humains, en le connaissant, découvrent le Père en lui. Lorsque les croyants le voient, ils voient le Père. Il est aussi le chemin parce qu’il est la vie, car il vit dans le Père et le Père vit en lui. Il est le Médiateur, le canal, par lequel la vie de Dieu parvient aux chrétiens. Jésus, « le chemin », désigne donc l’essentiel, que « la vérité » et « la vie » explicitent.

Jésus est « le chemin » qui mène au Père de trois manières. Il ouvre la voie en passant le premier par le sacrifice volontaire de sa vie pour ressusciter dans la gloire. De plus, il accorde la grâce de parcourir le même chemin en donnant aux siens l’Esprit. Enfin Jésus incorpore les chrétiens en lui-même pour franchir la route avec nous et nous en lui. Il meurt avec nous et ressuscite avec nous. « Aucun de nous ne vit pour soi-même et aucun ne meurt pour soi-même. Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rom 14, 7s). Cette image traditionnelle du « chemin » rappelle la marche du peuple vers la Terre promise et la réalisation progressive de la destinée du croyant.

« Personne ne va au Père sans passer par moi » reprend une affirmation fondamentale que l’évangéliste avait déjà proposée (1,18; 3,13). Jésus est donc l’unique Médiateur entre Dieu et l’humanité. En rappelant cette affirmation de Jésus, Jean pensait aux multiples mouvements religieux de son époque. Il n’y a pas plusieurs voies pour atteindre Dieu. À une époque comme la nôtre, la prétention de Jésus pourra paraître intransigeante, mais c’est l’intransigeance de la vérité, qui est unique.

Jésus est l’unique voie pour atteindre Dieu, la source de la vie éternelle. La condition, c’est de connaître Jésus et, par lui, de connaître le Père.

« Connaître » ne signifie pas dans l’Évangile la simple connaissance humaine d’un fait ou d’une personne, mais la relation personnelle de la personne humaine à Dieu (v.7). Par la connaissance du Père, qu’ils connaissent par Jésus, les disciples sont établis à l’égard du Père dans une relation similaire à celle qui unit Jésus à son Père: relation d’amour, d’obéissance et d’habitation mutuelle. Aussi la vie éternelle consiste dans la connaissance du Père par le Christ (17,3).

La demande de Philippe, « Montre-nous le Père » exprime l’aspiration universelle de voir Dieu, la source de tout bien. L’union du Fils à son Père est si parfaite, que Jésus peut reprocher à Philippe de ne pas le connaître, s’il n’a pas vu Dieu en lui (v.9). Par la foi, le croyant découvre Dieu dans la personne de Jésus. La demande de Philippe supposait que l’homme peut voir directement Dieu, alors que c’est uniquement par la médiation de Jésus qu’il devient possible de communiquer avec le Père. L’aspiration religieuse de l’humanité peut se réaliser depuis que le Fils de Dieu s’est incarné: dans ses actions, ses paroles et sa personne, Dieu est apparu parmi nous en Jésus (1,18).

Jean-Louis D’Aragon SJ