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2021/02/02 – Lc 2, 22-40 – Présentation du Seigneur au Temple

Les parents de Jésus vont au temple pour offrir le sacrifice qui représente le rachat de l’enfant: comme tout premier-né, il doit être consacré au Seigneur. Syméon, un homme juste et religieux qui attendait la Consolation d’Israël, vient au temple poussé par l’Esprit. Il prend l’enfant dans ses bras et prononce une bénédiction: Mes yeux ont vu le salut préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations païennes et gloire d’Israël ton peuple. Il bénit les parents et prédit qu’il sera un signe de division. Anne, une femme prophète, à son tour proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël. Après avoir rempli tout ce que demandait la Loi, les parents retournèrent à Nazareth. Et l’enfant grandissait en sagesse.

La scène veut montrer la réalisation de ce qui a été préparé dans l’histoire d’Israël. Le texte commence en disant littéralement: Quand furent accomplis les jours…. C’est une formule ordinairement pour parler d’un moment du plan de Dieu qui est arrivé: c’est l’aujourd’hui de Dieu dont parle l’épître aux Hébreux (3,13). S’accomplit maintenant ce que le prophète Malachie annonçait dans la première lecture:
Soudain viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez.

Le temple a toujours représenté la présence de Dieu dans l’histoire d’Israël. On savait bien que Dieu ne pouvait être contenu dans le temple mais on avait quand même là un accès à sa présence. Comme disait le Psaume 18 : Vers mon Dieu je lançai mon cri; il entendit de son temple ma voix et mon cri parvint à ses oreilles.

Mais c’est d’une nouvelle présence dont parle le prophète Malachie et que le vieillard Syméon appelle la Consolation d’Israël. Ces deux personnages, Syméon, un homme juste et pieux, et la prophétesse Anne, qui étaient assidus à la prière au temple, représentent ceux qui étaient humbles et fidèles à cette attente. Avec la présence de Jésus au temple, l’Esprit Saint commence à agir: c’est lui qui pousse Syméon au temple à ce moment précis.

Il y a un autre trait qui souligne le lien avec l’histoire d’Israël et le plan de Dieu. Par trois fois est mentionné le fait que les parents de Jésus agissent par fidélité à la Loi de Moïse. Ils observent le temps fixé par la Loi et viennent accomplir deux rites prescrits par cette Loi: la purification de la mère et le rachat du premier-né. Il ne s’agit pas de la Loi telle qu’expliquée par les Pharisiens mais bien de cette Loi qui représentait la réponse du peuple de Dieu à l’Alliance qu’il lui avait offerte.

C’est cette nouvelle présence de Dieu qui sera caractérisée par la présence de l’Esprit Saint, comme nous le montrent les premiers chrétiens dans le livre des Actes.

La présentation de l’enfant au temple représente donc la réalisation de cette attente.

Jean Gobeil SJ 

2021/02/01 – Mc 5, 1-20

Pour ce lundi, le long passage proposé à notre réflexion décrit une scène spectaculaire. L’événement se produit en terre païenne : dans la Décapole ou « au pays des Géraséniens ». Le malade qui bénéficiera du pouvoir de Jésus est un fou furieux, que personne ne pouvait maîtriser et qui hantait les tombeaux et les montagnes, se déchirant avec des pierres et poussant des cris affreux. Il semble donc que les humains aient abandonné ce forcené, l’estimant irrécupérable parce que son mal était sans remède : impossible aux simples mortels d’arracher cet individu à la foule de démons qui avaient élu domicile en lui.

Ce cas désespéré permettra une démonstration de l’étendue de la puissance de Jésus. Le possédé reconnaît cette puissance car, cette sorte d’Hercule détraqué se précipite vers Jésus, non pas pour l’attaquer et le mettre en pièces mais pour se prosterner devant lui. On s’attendrait à ce qu’il demande la guérison, comme c’est toujours le cas quand un malade rencontre Jésus, mais en fait, ce cinglé n’a même plus la faculté de la parole indépendante. Ce sont les démons qui parlent par sa bouche, le réduisant au rang d’un simple instrument. Ils demandent à Jésus de les laisser tranquilles, mais c’est bien évident qu’il n’accèdera pas à cette requête en abandonnant le pauvre homme à leur empire.

La confrontation inévitable prend des allures étranges. Jésus intime aux démons de sortir de cet homme. En fait, il semblerait qu’ils aient un porte-parole qui en leur nom, engage la négociation avec Jésus. C’est lui qui supplie, (ne me tourmentes pas), qui révèle qu’ils sont « Légion », et qui insiste pour ne pas être envoyé hors du pays. Surprenante demande qui suggère que ces démons sont sédentaires ou qu’ils ne parviendraient pas à opérer en terre sainte, car, « hors du pays » signifie probablement « en terre d’Israël ». Et c’est ce porte parole qui finit par trouver une solution : « Envoie-nous dans les porcs pour que noue entrions en eux. » Il le leur permit, et le troupeau de porcs se précipita de la falaise dans la mer. Il y en avait environ deux mille.

Les porcs sont impurs. Comme les démons. On ne devrait donc pas regretter leur noyade, métaphore de la domination irrésistible du Fils de Dieu. Mais en fait, tout ne finit pas bien! L’homme délivré des démons n’obtient pas le privilège de suivre Jésus. Ceux qui ont assisté à la scène du naufrage des porcs sont saisis de panique : ils s’enfuient, répandent la nouvelle, et à leur tour, ceux qui entendent leur récit sont saisis de crainte. Ils demandent à Jésus de s’éloigner de leur territoire. Mais pourquoi le supplient-ils de s’en aller? On pourrait avancer l’explication suivante.

L’acte de puissance que Jésus vient de poser signifie qu’il concentre en lui l’aspect redoutable du sacré : le tremendum. Cet aspect du sacré est dangereux et l’on doit s’en protéger, même et surtout parce qu’il est attirant, un peu comme un feu nocturne en plein air : les flammes captivent les insectes qui finissent par s’y brûler les ailes et tomber dans le brasier. Et si le texte n’était pas plus proche d’un conte fantastique que d’un reportage, il y aurait un autre argument pour souhaiter que le guérisseur de Nazareth retourne chez lui au plus vite : sa propre sécurité! Car, précipiter deux mille porcs dans la mer, c’est provoquer un désastre économique. Pour les gens de la Décapole, un porc n’est pas impur : c’est de la nourriture. Même de nos jours, un entrepreneur chrétien dont on provoquerait la banqueroute de cette manière réagirait violemment : il tuerait Jésus ou le poursuivrait pour dommages et intérêts.

Melchior MBonimpa

2021/01/30 – Mc 4, 35-41

Un correspondant de Californie me demandait récemment si la présente crise économique annonçait la fin du monde. Pour les spécialistes de la finance en effet, cette crise peut leur paraître la fin de leur monde. Lorsque leur bulle de la spéculation s’évapore, tout semble s’évanouir dans l’espace. Notre sécurité dépend évidemment de la valeur à laquelle on a rattaché sa personne. Or tout est relatif dans notre monde, un coup de vent peut tout balayer. Se raccrocher par la foi à l’Absolu est l’unique moyen d’assurer son avenir et sa sécurité.

La tempête apaisée par le Christ est un événement, qui a toutefois une signification symbolique au-delà de la réalité immédiate. Jésus avait enseigné toute la journée la foule qui l’écoutait sur le rivage. « Le soir de ce même jour », il invite ses disciples à « passer de l’autre côté du lac. » Ce passage vers l’autre rive n’est pas simplement un trait anecdotique, il peut signifier le passage du disciple vers l’au-delà de son existence terrestre. Des obstacles et des épreuves, symbolisés par la tempête sur le lac, rendent ce voyage pénible et périlleux. Le vent s’engouffre subitement dans le couloir au nord du Lac de Galilée, où des vagues violentes peuvent atteindre six mètres de hauteur.

Lorsque cet ouragan s’élève, que les vagues se jettent dans la barque qui se remplit d’eau, les disciples sont effarés devant la perspective d’une mort imminente. Démunis en face des forces de la nature, ils ne voient aucun moyen de salut. Ils sont atterrés, car ils ne comptent que sur eux-mêmes. Jésus leur reprochera de ne pas avoir la foi, la confiance en sa présence, même s’il dort. Déjà auparavant, la même tentation tourmentera le fidèle des psaumes qui accuse le Seigneur d’être silencieux, de dormir : « Réveille-toi, Seigneur ! pourquoi restes-tu inactif ? (Ps 44, 24) Si on avait la foi, on aurait confiance en sa protection en vertu de sa seule présence, même s’il semble absent ou ne pas répondre.
Jésus nous donnera l’exemple parfait de cette confiance au dernier moment de sa mission, lorsqu’il remettra sa personne entre les mains de Dieu: « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Lc 23, 46). Cloué à la croix, Jésus est devenu le plus pauvre, complètement démuni, mais il se livre totalement à Dieu, apparemment absent. Endormi dans la barque qui menace de sombrer, Jésus dort, remettant sa personne entre les mains de Dieu. À son réveil, ressuscité par Dieu présent en lui, il a le pouvoir de commander aux forces du mal et de dominer les démons, que représentent les vagues rugissantes du lac.

L’existence humaine se déroule dans un combat incessant entre les forces de la vie et les puissances de la mort, en nous-mêmes et autour de nous. À certains moments, les épreuves nous amènent presque à l’anéantissement, à la mort. Nous nous sentons démunis, incapables de faire face à des défis qui nous paraissent démesurés, qui vont nous écraser. Si nous fixons notre regard seulement sur nous-mêmes, sur nos limites, l’angoisse s’empare de nous. Devant un cancer généralisé, que pouvons-nous faire? Regarder plus haut et au-delà de nos possibilités humaines.

Il faut se rappeler sans cesse que la peur surgit en nous dans la mesure où nous manquons de foi. Au général Abner, demeuré fidèle au Dieu d’Israël, mais apeuré par les menaces de la reine impie Athalie, le grand prêtre lui répond fermement: « Je crains Dieu, cher Abner, et n’ai point d’autre crainte »  (Jean Racine, Athalie, 1er acte).  La foi bannit toute peur!

Jean-Louis D’Aragon SJ 

 

2021/01/29 – Mc 4, 26-34

Dès notre naissance, nous sommes en nous-mêmes le théâtre d’un combat entre le bien et le mal, entre les virus qui nous attaquent et notre système immunitaire. Au niveau moral, des tentations nous sollicitent auxquelles nous résistons de notre mieux. Autour de nous, la haine et la violence livrent un combat de destruction contre les forces de stabilité et de paix. Une sorte de guerre universelle sévit partout, entre la haine et l’amour, entre la mort et la vie.

Face à de nombreuses critiques contre la foi chrétienne, nous sommes parfois découragés dans la crainte d’être submergés. Comment répandre la Bonne Nouvelle « jusqu’au bout du monde » (Actes 1,8), comme le Seigneur ressuscité nous l’a commandé? Les disciples de Jésus et les premiers chrétiens subissaient la même tentation de découragement. Ils étaient peu nombreux. noyés dans la masse du monde perverti de l’époque, méprisés et sans prestige.

Mystère de la vie

Pour contrer cette tentation de découragement, Jésus présente aux siens deux paraboles qui illustrent la puissance invisible de la croissance. Du grain jeté sur la terre ne semble donner aucune garantie d’avenir. Ce geste peut même paraître stupide. Si nous n’avions jamais vécu l’expérience du grain qui, de lui-même, pousse, mûrit et devient une gerbe, nous penserions que ce geste de semer est insignifiant. La preuve, c’est que les premiers humains n’ont découvert qu’après des siècles ce mystère de l’agriculture, qu’il fallait semer pour récolter. Le grain pousse de lui-même, jour et nuit, sans intervention humaine. Nous ne pouvons qu’admirer ce mystère de la croissance, mais sans l’accélérer. Un brin d’herbe qui apparaît dans une fissure du trottoir révèle la puissance de la vie qui surgit partout, même là où le béton s’y oppose et semble la comprimer. La patience et l’espérance débouchent sur la moisson.

Nous avons souvent l’illusion enfantine que des interventions extérieures, des actes de puissance pourraient écraser le mal, pour permettre au bien de fleurir. Dieu est tout-puissant et pourrait transformer le monde en un instant. Mais un tel rêve « enfantin » n’atteindrait que l’extérieur de la réalité, tandis que le Créateur intervient discrètement, en profondeur. La puissance de la vie qu’il suscite est invisible, mais rien ne lui résiste.

Comprendre les paraboles

Tout l’enseignement de Jésus est une parabole pour la foule, avec une face visible et une autre, invisible, qui lui correspond. Pour comprendre, il faut être au diapason du Christ, sur la bonne longueur d’ondes, avoir de l’empathie. Sans cette ouverture à une parole nouvelle, tout devient énigmatique. Quand une personne nous est antipathique, nous ne voyons que ses défauts. Il faut l’aimer pour la comprendre et l’apprécier. Il en est de même pour le message du Christ, surtout lorsqu’il nous déconcerte. Au-delà de l’apparence, celui qui croit découvre la vérité, la lumière, qui projette ses rayons sur le chemin de la vie et du bonheur. C’est la pédagogie qu’emploie Jésus pour instruire ses disciples, qui finiront par comprendre.

L’Évangile est une puissance de lumière et de vie, qui peut transformer le monde. Mais ce n’est pas une force fulgurante qui bouscule, qui détruit tout pour recréer en un clin d’œil. Pour un effet durable, il faut l’enracinement dans le cœur des humains. C’est par la patience et la persévérance que le grain de blé parvient à produire une gerbe.

Les combats sanguinaires entre les gladiateurs, qui devaient s’entretuer pour le plaisir sadique des spectateurs, ont continué à Rome, même après le christianisme. Mais un ermite, scandalisé par ces spectacles, décida d’intervenir. Lui seul contre une populace, quelle témérité! Telemachus se rendit à Rome, entra dans le Colisée où se déroulaient des combats et s’interposa entre les gladiateurs. La foule, furieuse, réclama et obtint sa mort. On aurait pu penser que cet ermite avait sacrifié inutilement sa vie. Mais sa dénonciation courageuse de cette barbarie sadique suscita la réflexion du peuple, qui prit conscience de sa culpabilité. Ce fut la fin de ces ignobles spectacles. L’intervention non violente d’un seul eut finalement raison de la passion sanguinaire des foules.

Jean-Louis D’Aragon SJ 

2021/01/28 – Mc 4, 21-25 – St Thomas d’Aquin

Jésus nous propose dans ce passage trois conseils qui s’apparentent à la tradition sapientiale. À toutes les époques et dans tous les pays, des sages ont exprimé des principes de vie dont l’expérience a prouvé la valeur. Jésus déclare ici que la lumière, par nature, brille pour tous, que rien ne peut demeurer secret et, enfin, cette loi universelle que celui qui possède par exemple de l’argent accumule des profits, à l’encontre du pauvre qui n’a rien et qui glisse dans la misère.

Affirmer sa foi devant le monde

Celui qui est différent semble défier les gens, parce qu’il est difficile d’accepter la différence. Elle dérange et met en question. La réaction est facilement négative face à celui qui parle une langue inconnue et dont les habitudes de vie nous sont étrangères. La société force inconsciemment les humains à se conformer aux mêmes normes d’habillement, de coutumes… À l’adolescence, les jeunes, en recherche d’identité, se révoltent parfois contre ces règles qui briment leur liberté, mais ils finissent par plier sous la pression sociale.

S’il est difficile de résister à cette pression dans des domaines superficiels, il faut une conviction profonde pour affirmer et manifester sa foi à l’encontre d’un monde qui ne croit pas. La foi engage ce qui est le plus profond en soi-même, le coeur qui caractérise notre identité. Même si le monde autour de nous ne manifeste pas d’hostilité ou de violence envers les croyants, il se montre souvent sceptique et moqueur. Aussi nombre de chrétiens sont gênés d’exprimer leur foi, ils craignent même d’être remarqués.

Or la foi est la lumière qui ne peut être dissimulée. Il serait stupide d’allumer une lampe pour la cacher, car un tel geste serait contre la nature de la lumière. Lorsqu’un chrétien camoufle sa foi, il refuse d’affirmer ce qu’il est, il se divise entre sa foi refoulée dans son intérieur et sa conduite extérieure. Comme toute division, cette contradiction entre son cœur et son attitude extérieure conduit progressivement à la ruine, à la mort.

Impossibilité du secret

Cultiver le secret est toujours une tentation. Nous avons souvent peur de nous regarder, nous essayons de nous voiler les yeux pour ne pas voir en nous-mêmes. Quel est celui qui aime faire son examen de conscience ? Nous craignons de découvrir des coins désagréables dans notre subconscient.

Si on se défie de soi-même, qu’en est-il de notre ouverture aux autres ? Quand la défiance devient une forme régulière de défense, toute véritable amitié s’avère impossible. On s’isole, replié sur soi-même, dans la pauvreté de sa solitude. Au contraire, les personnes franches, ouvertes, suscitent l’amitié autour d’elles. Même si leur franchise verse parfois dans la brutalité, on les estime parce qu’elles ne cachent rien, elles sont, comme on dit, « d’une seule pièce ».

Il est donc dans notre nature de ne rien cacher. C’est même un soulagement d’avouer une mauvaise action, fût-ce un crime. Ouvrir sa conscience à Dieu s’inscrit donc dans une exigence de notre être. Cette ouverture produit une libération, car on n’est plus seul à porter le poids de sa conscience. D’ailleurs serait-il possible de tenir secret quelque chose dans un repli de sa conscience face au Souverain Juge ?

Une loi universelle

Celui/celle qui possède un talent peut en acquérir d’autres, mais celui/celle qui n’a rien est condamné à subir sa solitude et sa misère. L’expérience nous montre que les riches qui disposent de capitaux accumulent des profits, souvent même d’une manière scandaleuse. Dans tous les domaines de la science, en médecine par exemple, les découvertes du passé permettent de progresser plus rapidement en une année que pendant un siècle auparavant.

Jésus applique cette norme générale à l’audition de sa parole. Celui/celle qui se montre disposé à l’écouter, qui a le désir de l’entendre et de comprendre, a la consolation d’accueillir sa parole dans une terre qui produira des fruits. Sa parole, comme la vie qu’elle proclame, n’a pas de limites, c’est nous qui n’en recueillons qu’une parcelle.

Sous-jacente à la pensée de Jésus se trouve une règle fondamentale de la condition humaine: aucune personne ne peut demeurer stable, immobile, sans avancer ou reculer. La stabilité, pour ne pas dire l’immobilité, est impossible chez l’être humain soumis au temps et à l’évolution. Celui/celle qui, par souci de sécurité ou par paresse, refuse de progresser, est condamné à reculer.

Notre foi se rattache à notre vie et à la loi du temps qui la conditionne. Si nous entretenons l’illusion d’une foi acquise définitivement, sans des défis, des doutes, des tentations et de la recherche, nous nous condamnons à la sclérose, à la sécheresse et…à une mort lente. Notre nature humaine, telle que voulue par le Créateur, nous stimule à chercher, pour découvrir et nous émerveiller dans l’action de grâce.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/01/27 – Mc 4, 1-20 – Ste Angèle Merici

Jésus, assis dans une barque, parle à la foule qui est sur le rivage. Pour leur enseigner, il leur parle en paraboles. Un semeur jette du grain sur la terre. Une partie tombe sur le bord du chemin et elle est mangée par les oiseaux. Une autre partie est tombée sur un sol pierreux: le gain lève mais sèche faute de racines. D’autres graines tombent parmi les ronces et sont vite étouffées. D’autres finalement tombent dans de la bonne terre et donnent du fruit à trente, soixante, cent pour un. Jésus termine avec un avertissement: Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende. Plus tard, c’est-à-dire loin de la foule, les Douze et d’autres compagnons demandent à Jésus le sens de la parabole, ce qui surprend Jésus. La semence, c’est la Parole qui est semée chez les gens. Les oiseaux représentent Satan qui vient enlever la Parole chez ceux qui l’avaient reçue. Les terrains pierreux représentent ceux qui croient un moment mais n’ont pas de persévérance. Les ronces représentent les soucis du monde qui peuvent étouffer la Parole. La bonne terre sont ceux qui accueillent la Parole et portent du fruit.

Il faut remarquer le début de ce texte. Il a des caractéristiques qui reviennent dans Marc comme ces explications mais qui sont plutôt des répétitions: Jésus monte dans une barque et s’assoit …..Il était sur le lac….la foule était au bord du lac……sur le rivage…. Ce n’est pas un style écrit; c’est un style parlé. C’est quelqu’un qui raconte en revivant ses souvenirs. Il a besoin de confirmer ou vérifier chaque étape. On peut voir et entendre un pêcheur assis sur le quai, en train de réparer ses filets, racontant, avec beaucoup de pauses, une scène où il était présent, comme Pierre, que la tradition donne comme source de l’évangile de Marc.

La parabole que nous avons ici est plutôt une allégorie puisqu’elle contient plusieurs significations. Mais elle a le même but que la parabole. C’est ce que l’avertissement de Jésus vient rappeler. L’auditeur est invité à se demander quelle est sa place dans ce récit. A quelle catégorie appartient-il? Il peut ignorer la question et refuser de répondre. Il sera alors un de ceux qui regardent sans voir ou qui entendent sans comprendre. C’est le sens de la citation d’Isaïe que Jésus utilise. La parabole n’a pas pour but d’obscurcir. Mais comme elle est une offre qui suggère, la conséquence est que la liberté de l’auditeur peut la refuser.

La parabole a l’avantage de toujours rester actuelle. Elle invite à la réflexion mais non pas d’une façon théorique. Elle demeure une interpellation pour le lecteur.

Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende.

Jean Gobeil SJ 

 

 

2021/01/26 – Lc 10, 1-9 – St Timothée et St Tite

Le Seigneur en choisit soixante-douze parmi ses disciples et les envoie deux par deux dans les endroits où il doit aller lui-même. Il leur demande de prier d’abord le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson, ensuite de n’emporter rien avec eux comme sécurité: ils doivent faire confiance en la Providence. Ils doivent offrir la paix à la maison qui veut les recevoir et accepter ce qu’on leur offre à manger. Ils doivent aussi se contenter de la maison qui les a reçus. Ils doivent annoncer que le Règne de Dieu est proche et ils ont le pouvoir comme Jésus de faire des guérisons.

Les Douze avaient reçu la mission d’aller annoncer la venue du Règne de Dieu. Ils avaient même reçu les mêmes pouvoirs que Jésus. Comme 72 est le chiffre de toutes les nations dans la Bible, la même mission est maintenant confiée aux disciples en général. Ils devront être les témoins devant toutes les nations de la réalisation des Écritures dans la personne du Christ, comme cela sera confirmé à la fin de l’évangile de Luc (24, 47-48).

Mais en même temps, notre texte souligne que c’est Dieu qui est réellement à l’œuvre. C’est lui qui envoie les ouvriers. C’est sur lui que doivent compter ceux qui sont envoyés. Mais, et c’est là le paradoxe qu’on retrouve à travers toute la Bible, Dieu a besoin des hommes, comme disait le titre d’un ancien film. Abraham n’aurait pas eu d’alliance ni de descendant s’il n’avait pas donné sa réponse à Dieu. Et Dieu avait besoin de la réponse de Marie pour l’Incarnation de son Fils. C’est Dieu qui sauvait Israël en se servant des Juges et pourtant il avait besoin de leur réponse d’abord. La réponse de ceux que Dieu choisit pour être ses prophètes est particulièrement importante dans les récits de leur vocation.

Timothée et Tite, des disciples de Paul appelés à travailler dans des communautés chrétiennes naissantes alors qu’on n’avait pas de modèle tout fait qu’on pouvait suivre, devaient se reconnaître parmi ces 72.

Ignace de Loyola certainement se reconnaissait dans ce modèle, lui qui disait qu’il fallait tout faire comme si le succès dépendait de nous mais, une fois qu’on avait tout fait, il fallait se rappeler que c’est Dieu qui fait tout.

Jean Gobeil SJ 

2021/01/25 – Mc 16, 15-18 – Conversion de St Paul

Avant de quitter les disciples, le Christ leur donne la mission d’aller proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde entier. Il leur promet que la puissance de Dieu les protégera et fera des signes à travers leurs actions. Après que le Christ soit retourné dans sa gloire auprès du Père, les disciples travaillent à la mission et le Seigneur travaille avec eux.

Le disciple qui a écrit la conclusion de l’évangile de Marc (ce qui est ajouté après Mc.16,8) a utilisé des traditions qu’on retrouve dans les autres évangiles. Le texte aujourd’hui rappelle la finale de Matthieu où Jésus confiait aux disciples la mission d’aller baptiser “toutes les nations”. Mais ce qu’il fait est quand même en continuité avec la pensée de Marc.

L’auditoire de Marc semble bien être une communauté qui a des difficultés et des doutes; elle est peut-être en proie à de la persécution, comme Rome. Marc suggère que les chrétiens de cette communauté ne devraient pas être surpris par les difficultés et les doutes: il leur montre l’exemple des apôtres qui, même s’ils étaient avec le Seigneur, souvent ne comprenaient pas. Plusieurs fois, Jésus leur reprochent de ne pas avoir de foi (dans Matthieu et Luc, Jésus parle plutôt de leur peu de foi). Dans les moments difficiles, ils dorment ou sont absents ou ont peur. Jésus lui-même, dit Marc, à Gethsémani, commença à ressentir effroi et angoisse (Marc 14,33).

La conclusion de l’évangile rappelle donc aux chrétiens qu’en dépit de leurs difficultés et de leurs craintes ils ont la mission de proclamer partout la Bonne Nouvelle. Ils doivent ranimer leur foi et se rappeler que le Seigneur travaillait avec eux.

La première lecture aujourd’hui est tirée de la première épître de Pierre et elle accompagne merveilleusement bien l’évangile. Pierre met par écrit pour d’autres églises ce qu’il prêchait de vive voix à la communauté de Rome, qu’il appelle dans l’épître la communauté de Babylone.
Il leur recommande: Tenez-vous humblement sous la main puissante de Dieu. L’humilité vient de la foi qui compte sur le travail de Dieu, sur sa main puissante. Si Dieu travaille avec ceux qui proclament la Bonne Nouvelle, le résultat ne dépend pas de nos faibles moyens: il est l’œuvre de Dieu

Il ajoute (1 Pierre 5,7): Déchargez-vous sur Dieu de tous vos soucis, puisqu’il s’occupe de vous.

La foi en la main puissante de Dieu qui agit à travers notre proclamation de la Bonne Nouvelle, si faible soit-elle à nos yeux, nous libère de nos craintes, de nos soucis et de nous-mêmes.

Jean Gobeil SJ 

 

 

 

 

2021/01/23 – Mc 3, 20-21

Cette scène et celle qui, par la suite, la complète (3, 31-35) nous surprennent et même nous déconcertent. Non seulement les membres de sa famille ne croient pas en Jésus, leur frère, mais ils jugent qu’il a perdu la raison, qu’il est fou! Comment comprendre cette intervention de leur part?

Le Christ Jésus est donc un scandale pour ses compatriotes juifs et même pour ses proches (1 Cor 1, 18s). Tout prophète doit affronter l’incompréhension des gens à qui il adresse son message, un message qui ne vient pas de lui, mais de Dieu qui nous dérange toujours. Jésus vient de Dieu, sa personne, son enseignement et sa manière d’agir incarnent le mystère de Dieu. Comment pourrait-on s’étonner qu’on ne le comprenne pas et que les siens en viennent à juger qu’il a perdu la raison? Le père de François d’Assise n’a-t-il pas dénoncé son fils à l’évêque de l’endroit, pour ensuite le renier? Avec une terrible franchise, Jésus préviendra les disciples qui le suivront: « On aura pour ennemis les membres de sa propre famille » (Mt 10, 36).

Deux univers s’opposent. L’un se prétend réaliste, proche des réalités terrestres, où il n’y rien d’absolu, où il faut être disposé aux compromis. L’autre apparaît utopiste, relevant du rêve, hors de la réalité dans laquelle on vit. Pour bien comprendre cette opposition, il est éclairant d’esquisser quelques traits contradictoires entre ces deux univers, ceux qui s’affrontent dans la scène que nous rapporte l’Évangile d’aujourd’hui.

L’univers des parents de Jésus

Pour quels motifs jugent-ils que Jésus a perdu la tête et qu’ils doivent le ramener à la maison? Il a quitté Nazareth où il exerçait le métier de charpentier qui assurait un revenu convenable pour vivre. Au lieu de cette sécurité, il a quitté subitement son foyer pour devenir un prédicateur itinérant. Aucune personne sensée quitterait un négoce bien rémunéré pour aller sur les routes, vivant au hasard des circonstances et n’ayant même pas un endroit fixe pour se reposer (Mt 8, 20).

En plus de cette vie itinérante sans sécurité, Jésus provoquait les autorités en place par son enseignement et sa manière d’agir. Jean Baptiste avait déjà été emprisonné, en attendant d’être exécuté, pour avoir dénoncé l’adultère du roi Hérode. Le même sort attendait probablement Jésus. De plus, il critiquait les Pharisiens et les docteurs de la Loi, que le peuple écoutait et admirait. La famille de Jésus pouvait prévoir un affrontement tragique avec les autorités de l’époque, politiques et religieuses, qui le submergeraient.

Jésus avait recruté autour de lui un petit groupe misérable, quelques pêcheurs du Lac de Galilée, un publicain converti et un nationaliste fanatique, tous des galiléens méprisés par l’élite de Jérusalem. Aucun homme sensé n’aurait choisi de tels amis pour favoriser sa carrière. Que pouvait-il espérer d’eux?

Les exigences de sa mission

À l’encontre des siens et de toute préoccupation humaine, Jésus dédaignait la sécurité que le monde recherche. Une règle unique le dirigeait, la volonté de Celui qui l’avait envoyé et la mission qu’il lui avait confiée. Rien ne pouvait s’opposer à la vérité de Dieu. Aussi Jésus était indifférent à l’opinion des gens autour de lui, même des dirigeants politiques ou religieux.

Pour devenir son disciple, il fallait le suivre dans cette intransigeance de la vérité. Le monde dira que le chrétien, le témoin du Christ, est un fanatique, n’acceptant aucune compromission. C’est la vérité qui est intransigeante, elle exige le renoncement à toutes les faussetés. Celui qui a découvert l’Absolu écarte tout ce qui est relatif. Jésus reflétait cet Absolu, au-delà de nos limites humaines, de nos hésitations et de nos doutes. Aussi les contemporains de Jésus et les foules à travers les siècles ont été fascinées par la vérité qu’il proclamait.

Jean-Louis D’Aragon SJ

2021/01/22 – Mc 3, 13-19 – St Vincent

Jésus monte sur une montagne. Il appelle ceux qu’il a choisis et il institue les douze pour l’accompagner et pour aller prêcher et avoir le pouvoir de chasser les esprits mauvais. Suit la liste des douze noms.

Lorsqu’on s’éloigne des rives du lac de Génésareth, on monte nécessairement puisqu’il est situé à 230 mètres sous le niveau de la mer. Mais on doit parler de collines plutôt que de montagne. On veut donc nous faire voir dans la position de Jésus pour le geste qu’il va poser une image de Moïse sur le mont Sinaï alors qu’il est l’intermédiaire entre Dieu et le peuple d’Israël, les douze tribus de Jacob.

Marc répète qu’il fait les douze. Il fait quelque chose de spécial puisque ceux qu’il choisit sont déjà des disciples. Les apôtres comprennent qu’il a fait alors une sorte d’institution puisqu’après l’Ascension, alors que Judas est disparu, ils doivent compléter le groupe des douze. Donc, derrière cette institution, on peut voir que Jésus avait une intention spéciale. Comme le groupe des douze tribus représentaient le peuple d’Israël, le peuple de l’Alliance, les Douze de Jésus représentent le peuple de la Nouvelle Alliance. Ils sont le fondement de ce peuple nouveau comme le dit l’épître aux Éphésiens (2,20). L’Apocalypse dira que les 12 assises de la nouvelle Jérusalem portent le nom des apôtres (21,14).

Marc dit que la mission des Douze est d’être les compagnons de Jésus et d’être envoyés prêcher avec le pouvoir de chasser les esprits mauvais. Ils ont donc un double rôle. D’abord ils seront présents pour voir les actions du Christ et entendre ses paroles: ils deviendront ainsi des témoins du Christ. Mais en plus d’être des témoins, ils seront appelés à prendre part à l’œuvre du Christ: ils seront envoyés annoncer la Bonne Nouvelle et partageront les pouvoirs du Christ pour montrer que le Royaume de Dieu est proche.

Dans les Actes des apôtres (1,15), lorsqu’il s’agit de trouver un remplaçant pour Judas, on donne les conditions requises pour ce poste. Il faut que ce soit quelqu’un qui ait accompagné Jésus depuis le baptême de Jean et qu’il ait été témoin de sa résurrection. Comme c’est Jésus qui avait eu le choix des Douze, les Onze maintenant ne veulent pas prendre sa place; ils procèdent donc par un tirage au sort, ce qui signifie toujours qu’on s’en remet à Dieu pour la décision.

On a compris que cette institution était pour la fondation de l’Église. Avec le temps et la disparition des témoins, on ne remplacera pas les vides: ainsi, lorsque Jacques le Majeur, un des Douze, sera exécuté par le roi Hérode Agrippa, il ne sera pas remplacé. Le témoignage est devenu le rôle de chaque chrétien.

Jean Gobeil SJ